Première partie
« Je continue vers les iles du Pacifiques, parce que je suis heureux en mer » Bernard Moitessier
Introduction :
Dix mois après avoir quitté Panama et être arrivés aux Galapagos (Trans-Pacifique étape I), après être rentrés deux mois et demi en France et avoir passé l’équivalent en Équateur continental suite à mon bras cassé, nous allons poursuivre la traversée du plus grand océan du monde : plus de 8.000 milles nautiques du Panama jusqu’en Australie soit environ 15.000 km pour 1/3 de la surface de la terre.
Plusieurs étapes sont au programme afin de profiter au maximum des découvertes que cette immensité est susceptible de nous offrir.
Après les enchanteresses Galapagos et ses animaux sauvages mais proches des humains, nous abordons la deuxième de ces étapes, avec comme objectif, l’ile mythique de Rapa Nui et de ses toujours mystérieux Moaïs. Environ 2.000 milles nous en séparent, si trace directe, ce qui n’est quasi jamais le cas.
Suivrons ensuite, Pitcairn et ses descendants du Bounty (lecture marine de ma jeunesse) puis l’archipel de Gambier et, enfin, celui des Marquises où nous passerons la période cyclonique d’octobre à avril, avant de poursuivre. Le tout pour environ 4.500 milles nautiques (8.300 km).
Résumé :
Nous aurons donc parcouru les 2.000 milles de notre étape Galapagos-Rapa Nui en 20 jours, quasi heure pour heure. Beaucoup de près mais aussi du travers ou du vent arrière et, un zeste de pétole. Un peu toute la panoplie, presque toujours, sous voiles réduites. Et du moteur. Très belle navigation sans souci durant les 16 premiers jours. Inquiétude ensuite pour le cardan du système de barre. Couchers/levers de soleil avec parfois rayon vert et levés de lune sur l’océan, extraordinaires. Ciel constellé d’étoiles, Vénus en tête. Inoubliable bleu Indigo de l’océan, puissant et profond.
Plus longue navigation à deux jusqu’ici, bien belle expérience partagée.
Lundi 22 au dimanche 28 mai 2026 – Galapagos / départ Rapa Nui
Après notre long et agréable séjour passé aux Galapagos, en compagnie de nos amies les otaries, des pieds-bleus et autres représentants du monde animal, nous poursuivons activement les préparatifs de notre départ de samedi.
Plein de gazole fait (800 litres au total), réservoirs d’eau complets (650 litres), coque nettoyée, gréement vérifié, logiciels de navigation mis à jour, ce sont les dernières courses d’avitaillement qui nous occupent désormais.
Lundi 22 – Lady Blue, le catamaran de nos amis Julie, Alexandre et de leurs enfants Rosalie et Lucien, est remâté !!! Un grand moment. Ils étaient arrivés une semaine après nous, sans mât !
Mercredi 24 – Javier, le commandant de l’unique frégate des Gardes Côtes des Galapagos, nous invite à diner à son bord ainsi que nos amis de Lady Blue, David et Franck les gréeurs et Viko, le régional de l’étape. Javier nous fait visiter son bateau, le pont avec son canot rapide (40 nœuds) sa lance à eau et ses mitrailleuses (démontées), la passerelle de pilotage dernier cri, joysticks, mini commandes des moteurs, grands écrans, la salle des moteurs et des génératrices (quatre moteurs de propulsion avec chacun son hélice permettant au bateau de naviguer à 20 nœuds), les cabines de l’équipage et la sienne propre… Le diner nous est servi dans la salle réservée aux officiers. Un grand moment hors du commun. Nous avons connu Javier alors que nous étions à Puerto Ayora et qu’il était commandant du port. Un homme affable et en tout point sympathique. Grand merci à lui.
Jeudi 25 / vendredi 26 – Nous complétons notre collection d’eau en bidons et bouteilles, achetons fruits, légumes, œufs et autres, commandons du pain, rangeons Soa, préparons les toiles anti-roulis pour la cabine arrière, et les mousses latérales de la cabine avant… etc.
Vendredi 26 – Lady Blue quitte San Cristobal pour rejoindre Santa Cruz et Puerto Ayora. Avec Noémie, une autre de nos amies, rencontrée ici, ils furent un peu notre famille locale. Nous devrions les retrouver aux Gambier.
Cécile nous prépare un plat de lasagnes aux épinards dont elle a le secret. Idéal d’avoir quelque chose de tout prêt en navigation.
Elle finalise par ailleurs le chargement de Predict Wind sur sa tablette, un de ses logiciels préférés de météo, routage et autres.
Samedi 27 – Près au départ, nous attendons les « autorités » locales afin de partir en règle. Leur visite à bord est prévue pour 11h. Peu avant, César, notre agent, nous informe qu’ils ne viendront pas aujourd’hui… nous subodorons qu’il ne les a pas prévenus à temps.
Dimanche 28 – 8h30. Accompagnés par une locale, nous partons à l’immigration. Le préposé tique un peu mais un appel de César règle les choses.
10h30 – Les représentants des instances (marine, parc naturel…) sont à bord. Les différents papiers remplis, une visite du bateau pour la forme, nous sommes libérés. Entre cette visite et l’immigration, c’est 134 USD de plus… Mes très, très chères Galapagos. Pour l’anecdote, le représentant du parc vérifie que l’on n’emporte pas d’otarie ou de tortue avec nous !
Fixation de l’hydrogénérateur, mise en position de l’échelle de bain pour qu’elle puisse être immédiatement utilisable y compris depuis l’eau, en cas de besoin, fixation de l’annexe.
13h30 – Nous levons l’ancre et quittons le mouillage de San Cristobal et ses magnifiques et adorables otaries. Nous contournons la pointe ouest de l’ile et sommes ensuite en ligne directe de Rapa Nui. Environ 2.000 milles (3.700 km) de haut océan s’offrent à nous. Rapa Nui et ses Moaïs (les polynésiens l’appellent Te Pito o te Henua, le « nombril du monde »). Un rêve. Sauf imprévu, environ 3 semaines de navigation ou un peu moins.
Notre première après-midi de navigation est quasi de rêve. Une mer vraiment belle et du vent juste comme il faut. Un vrai bonheur même si le soleil n’est pas totalement au rendez-vous.
Cécile connecte Starlink dans sa version voyage en haute mer. Au prix de l’abonnement illimité, s’ajoutent un peu plus de 2 dollars le Go consommé.
Une fois le soleil couché, tamisée par les nuages, la lumière de la lune nous accompagne… autre plaisir.
Lundi 29 mai au dimanche 5 juin 2026 – Traversée Galapagos – Rapa Nui
Lundi 29 – Changement de programme pour la fin de nuit. Le vent est désormais à plus de 20 nœuds et la mer, devenue fort remuante, houle marquée (2m et plus) et clapot. Bien moins agréable. Nous réduisons le génois, la grand-voile étant réduite depuis notre départ.
Un puis deux, puis trois oiseaux de nuit nous rejoignent. Une sorte de fou. L’un d’eux a le dessous du corps blanc, comme certains pieds-bleus.
Le frigo tourne bizarrement. J’avais remarqué quelques anomalies avant de partir mais avais mis ça sur le dos du manque de charge des batteries, sauf que là, elles sont vraiment pleines. Il démarre puis s’arrête et recommence. Malgré ça, il parvient à rester à 4°. Va quand même falloir trouver une solution. Un plaisir n’arrivant pas seul, nous subissons une forte et envahissante odeur genre White spirit. Nous ne parvenons pas à situer son origine. La bouteille qui me semblait pouvoir en être la cause n’y est pour rien.
12h – S 02°22.6 W 90°56.2 – 1935 milles de Rapa Nui
Dans le registre des surprises, alors que nous révisions le comment mettre la bouée de sauvetage et la perche IOR à la mer, nous constatons que la lampe flottante qui tient lieu de feu à retournement et qui les accompagne, ne s’allume pas. Grosse surprise puisque je l’avais vérifiée juste avant de partir. Je la remplace par celle que j’ai en réserve.
La nuit tombée, nous repérons une lumière, genre spot, de bateau. Elle est très loin de nous. Pas de trace sur l’AIS. À l’inverse, par un moyen dont je n’ai pas encore compris lequel il est, Predict Wind, modèle évolué de routage, nous indique qu’il s’agit d’un bateau de pêche. Ce type de bateau n’émet souvent pas en AIS. Un trou dans la réglementation et la raison humaine.
À part ça, Soa progresse bien. Étant au près, nous gitons pas mal. Un exercice permanent d’équilibre mais… le rêve de la transpacifique est en cours, coucher de soleil compris.
Mardi 30 – La nuit a été relativement calme.
Je m’attaque au problème du frigo. Il y a urgence. Le branchement électrique pouvant être en cause, dixit Olivier notre ami frigoriste de Martinique, je shunte l’actuel et tente un branchement direct sur les batteries. Bingo ! J’efface tout et fais un branchement plus sérieux, fusible compris. Évidemment, pour ça, il faut enlever un tiroir, déplacer des caisses d’avitaillement, trouver les fils du bon diamètre… les brancher et tout remettre en place. En se cramponnant !
Les fous sont toujours là. Ils nous pourrissent consciencieusement les panneaux solaires et l’annexe de leurs fientes collantes et gluantes. Le revers de la médaille.
Le feu qui accompagnait la bouée de sauvetage et que j’ai remplacé hier… est, maintenant, allumé ! Mieux, il ne s’éteint plus. Chercher l’erreur !?
12h – S 03°58.8 W 91°58.6 – 1707 milles de Rapa Nui
La direction du vent, au contraire de sa force, est stable. Cela nous permet de descendre selon un cap intéressant, assez proche de la trace directe. Les différents modèles de routage nous incitent à tirer un peu plus vers l’ouest. Nous faisons un entre deux au 210°. Notre vitesse varie entre 4,5 et 6,5 nœuds. On ne demande pas plus. L’océan est moins pacifique que son nom le laisserait imaginer.
En toute fin d’après-midi, une joyeuse et importante bande de petits dauphins choisit de nous accompagner de leurs sauts et pirouettes variés. Une vingtaine de minutes d’un spectacle captivant que nous suivons avec bonheur dans le soir déclinant. Nous avons perdu les otaries mais retrouvé les dauphins. Leur manière d’onduler est parfaitement similaire. Cousins de geste, de respiration et d’océan.
Deuxième magnifique coucher de soleil. Le rouge orangé du ciel est parsemé d’un chapelet de petits nuages sombres, du meilleur effet.
19h. La lune que nous n’avions découverte hier que déjà haute, émerge des eaux dans son habit orange de lumière. Somptueux !
Mercredi 1er juillet – Troisième jours déjà de navigation. Le temps passe vite.
Œufs sur le plat pour le petit déjeuner. Les poêles en céramiques que nous avons achetées à Quito font merveille.
12h – S 05°20.9 W 93°23.7 – 1593 milles de Rapa Nui
Libérés du problème du frigo, nous tentons de trouver l’origine de cette odeur désagréable qui sévit dans la partie arrière du bateau. Nous sortons toutes les caisses se trouvant dans la soute arrière susceptibles de contenir des produits pouvant correspondre à l’odeur ressentie. Rien. Rien non plus dans l’espace dessalinisateur où l’odeur en question est pourtant prégnante. Le mystère reste entier. L’odeur, malheureusement, ne s’atténue pas.
Jeudi 2 – La nuit a été agitée, mer formée, vent à 25 nœuds. Le sommeil s’en ressent.
Nos quarts de nuit sont fluctuants, tant du point de vue des horaires que des durées. Celui de quart, lorsqu’il se repose, fait sonner son réveil toutes les vingt minutes. Tour d’horizon au sens propre du terme, vérification de la route du bateau, réglage éventuel des voiles… et, le moment venu, renseignement du journal de bord (toutes les 3 heures théoriquement).
Ce matin, mer et vent se sont assagis. Une très bonne idée.
12h – S 06°50 W 94°30 – 1475 milles de Rapa Nui
Rien de « saillant » aujourd’hui, comme diraient certain.e.s de ma connaissance. Il a fait globalement beau sur l’ensemble de la journée. Le soleil a joué avec les nuages bas, bien noirs et bien envahissants, pour se coucher. Beaucoup d’étoiles…
Vendredi 3 – Mis à part des épisodes à 28 et 31 nœuds nous obligeant à réduire, la nuit a été plutôt tranquille. Soleil encore ce matin, mer toujours un peu agitée, houle quasi par le travers.
Le grand frigo (190 litres) tourne toujours super bien, la glacière (45 litres) également. Sur le plan électrique, les panneaux solaires et l’hydrogénérateur permettent aux batteries de service (Lithium, 600 Ah, merci Richard) de rester chargées à 100% ou quasi 100%, de jour comme de nuit et ce, malgré les deux frigos, la centrale de navigation, le pilote automatique (électrique), les pompes diverses et, quelques heures par jour, Starlink. Super bien donc.
Ce matin, nous faisons tourner le dessalinisateur (1h) afin de compléter le réservoir d’eau avec lequel nous allons ensuite le rincer. Une fois fait, nous pouvons ne plus y toucher durant les 5 jours qui suivent.
Au secours, patates à la mer !!! En lieu et place du traditionnel filet tendu sous l’arceau arrière, nous disposons de six paniers suspendus. Bien que tous vérifiés par Cécile avant le départ, le fond de l’un d’entre eux a lâché, offrant quelques patates à l’océan, tel le Petit Poucet. Quelques-unes ont survécu. Un autre panier héberge les autres. Ouf.
Côté navigation, nous poursuivons notre descente autour de 220°.
12h locales – S 08°31 W 95°58.8 – 1364 milles de Rapa Nui
Nous avons parcouru 564 milles soit, en 5 jours (5x24h), environ ¼ de notre traversée vers Rapa Nui.
Samedi 4 – Après une nuit plutôt calme, un ciel uniformément gris ce matin.
Depuis hier soir nous recevons le vent (18 nœuds environ) et la houle (2m) quasi par le travers. Notre descente est pratiquement rectiligne. Il y a eu débat à ce sujet entre Cécile et moi. Sans le savoir (et le vouloir), Didier, mon ami des Antilles qui nous suit comme à chaque traversée, à servi d’arbitre parmi les multiples propositions des différents logiciels de routage auxquels nous avons accès.
Nos plumitifs, au nombre de deux désormais, continuent à squatter… l’un sur le portique arrière, l’autre sur la balustrade arrière bâbord. Au vu de leur talent pictural, Cécile les surnomme collectivement Picasso. Au-delà des décorations qu’ils nous délivrent, il faut les voir virevolter autour de Soa. Vols planés, descentes en piqué, virages sur l’aile, plongeons… poissons au bout du bec. Sacrés chasseurs, magnifiques d’élégance et d’efficacité.
À la suite des lasagnes, du chou braisé, des bananes flambées des jours précédents… nous déjeunons de pastèque et d’un gratin au bacon (Cécile). Sans oublier le café et les Spéculos.
12h – S 09°45.8 W 97°15.2 – 1246 milles de Rapa Nui
Après être revenu en force dans le courant de la matinée et le début d’après-midi, le soleil s’est de nouveau évanoui, happé par les nuages.
Comme souvent le soir, le vent se renforce… 25 nœuds.
Dimanche 5 – Malgré les 2 mètres de houle que nous recevons toujours par le travers, la nuit a été plutôt calme.
Jus frais de pastèque et œufs à la coque, histoire de changer un peu…
Je viens de retrouver notre troisième oiseau. Mort. Caché par la partie basse de la bâche latérale de cockpit, nous ne l’avons pas vu avec ses ailes prisonnières du filet de protection. Toujours triste. Du coup, on ne voit plus les autres ?!
Cécile fait du pain.
12h – S 11°29.7 W 98°19 – 1125 milles de Rapa Nui
Nous bouclons, comme si de rien n’était, notre première semaine de navigation. Globalement agitée du point de vue de la mer du fait de la houle bien formée (2 m voire plus). Le vent aura fluctué entre 13 et 33 nœuds. Entre 15 et 20 le plus généralement. Du près tous les premiers jours, du travers depuis hier. Nous avons parcouru 790 milles soit 113 milles de moyenne quotidienne… sachant qu’on y va plutôt tranquilles. On réduit la toile la nuit, on ralentit pour les repas… Nous devrions avoir fait la moitié du chemin demain lundi. Ce qui est très bien.
Même si la marge d’erreur reste importante, vu le nombre de jours de navigation restants, la météo prévoit du vent assez fort à l’Est et à l’Ouest de Rapa Nui. Je prie les Dieux du vent et de la mer, Éole et Poséidon/Neptune, pour qu’ils nous permettent de rejoindre l’ile ne fussent qu’un jour ou deux… ou au moins, la voir.
J’aborde la transcription de cette trans-océan de manière différente des trois transatlantiques effectuées précédemment. Lorsque j’ai quitté La Rochelle en juillet 2018, j’ai, pour la première fois, passé plus d’une nuit en mer en rejoignant la côte nord de l’Espagne (2 si ma mémoire est bonne). Canaries – Cap Vert (pensée pour leur parcours à l’actuel mondial) fut ensuite ma plus longue traversée (8 jours). La transatlantique Cap Vert – Brésil vint couronner le triptyque (21 jours). Deux autres transats vinrent ensuite… 35.000 milles au total avec Soa (65.000 km).
À l’occasion de ces traversées, je me suis attaché à transcrire le plus fidèlement possible les différentes actions liées à la navigation, réductions des voiles, allures, vitesse… le tout synthétisé dans un tableau bien carré. J’en ressens moins le besoin. Mon récit d’aujourd’hui me parait plus distancié de ces éléments du voyage.
Vivre en conscience et profiter du moment.
Deuxième partie
Bientôt se dessinera Rapa Nui.
Les Européens l’ont baptisée « Île de Pâques » parce qu’ils l’ont découverte le jour de Pâques, en 1722.
Mais les Polynésiens lui donnent un autre nom, infiniment plus beau : « Te Pito o te Henua », le « nombril du monde ».
Ici se dresse la pointe orientale du grand triangle polynésien qui relie Hawaï, la Nouvelle-Zélande et Rapa Nui.
Sur cette terre battue par les vents veillent près d’un millier de géants de pierre : les célèbres Moaï.
La plupart regardent vers l’intérieur de l’île, tournant le dos à l’océan, comme s’ils continuaient, encore aujourd’hui, à protéger les vivants au nom des ancêtres.
Mais sept d’entre eux font exception. Les sept Moaï d’Ahu Akivi regardent l’horizon et l’immensité du Pacifique, comme s’ils attendaient encore le retour des grandes pirogues venues de l’ouest et… Soa.
Et leur mystère demeure entier.
Cécile
Lundi 6 au dimanche 12 juin 2026 – Traversée Galapagos – Rapa Nui
Notre après-midi du dimanche s’est déroulé tranquillement. Cette première semaine de navigation est passée à une vitesse incroyable. Nous avons encore du mal à y croire.
Lundi 6 – Nuit plutôt calme, selon mon appréciation, Cécile n’ayant pas toujours la même. Nous continuons à bien progresser.
L’un des oiseaux au moins est revenu à bord.
Je finalise ce matin la première partie, correspondant à notre première semaine de navigation, de notre fil de l’eau (n°30).
Nous sommes désormais bien installés dans la navigation. Rythme jour/nuit, quarts, équilibre, route, réglage des voiles… Le Pacifique, à la couleur bleu intense lorsque le soleil est là, est notre univers quotidien. Un rêve de longue date pour chacun de nous deux.
À ce sujet, je me reconnais particulièrement dans un mot d’accompagnement que nous a adressé Richard, notre ami voileux québécois : « Didier, tu as construit ce bateau dans le but de faire un voyage comme celui-là, profite en au maximum et fais lui confiance. Je vous souhaite un vent de 15-20 nœuds, au portant, et une houle de 10-12 secondes. Salutations ».
Ce commentaire m’a fait m’en rappeler un autre, bien plus ancien, émanant de l’un.e de mes ami.e.s, suite à sa découverte de Soa : « Avec un bateau comme ça, ça va être à toi d’être à la hauteur ! ». Pour mon plus grand plaisir, je et nous nous y employons au mieux.
12h – S 13°18.7 W 99°28.6 – 996 milles de Rapa Nui
Cécile vient de voir, sur Predict Wind, que le trois-mâts barque ancien « Europa » (56,5×7,50m) qui a été mouillé près de nous à plusieurs reprises aux Galapagos, nous suit. Devenu bateau de croisière appréciant les mers du sud, il est actuellement à plus d’une journée de distance derrière nous, invisible donc sur l’AIS classique (beaucoup trop loin de nous). Dans ce domaine, pas vu le moindre bateau depuis une semaine, ni de visu, ni sur l’AIS. Pas très fréquenté, le secteur, mais pas franchement une surprise.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Europa_(voilier) / info@barkeuropa.com
Nous avions expérimenté Starlink en mer lors de notre traversée Panama-Galapagos (10 jours). Un vrai plus pour la communication et pour les possibilités concernant la météo et le routage. Seul bémol, on perd un peu de notre isolement et de notre centration sur le voyage. Il parait qu’on ne peut pas tout avoir.
Notre dernier pain « terrien » passe par-dessus bord, moisi. Cécile en fait un.
À mesure de notre descente vers le sud, la température baisse. Nous perdons des degrés quasi chaque jour. Ça va finir par se sentir. Le pôle sud n’est plus très loin.
17h30 – Alors que le soleil jette ses tout petits derniers feux, nous franchissons la barre aussi symbolique que théorique, du milieu de parcours. Peu ou prou, 1.000 milles effectués, 1.000 milles à parcourir. Pour donner une image peut-être plus parlante aux non marins, entourés de bleus, blancs et gris, nous sommes à 1850 km de toute terre, habitée ou non. Un bout quand même.
Après de belles éclaircies, la journée se termine sous un plafond bien gris. L’air a sérieusement rafraichi.
À peine sorti du four, nous gouttons le pain encore chaud. Excellent ! Il fait merveille avec le camembert de chez Média Luna (et autres fromages) et un petit « coup de rouge ». Il est essentiel de conserver de bonnes habitudes.
20h30 – Nous débutons les quarts…
Mardi 7 – Au fil des jours, la lune se lève de plus en plus tard. Les premières parties de nuit sont désormais très sombres. Sa lumière blanche apparait seulement en milieu de nuit. Celle qui vient de s’écouler a été plutôt confortable (d’après moi). Elle fut, en tous cas, rapide, 84 milles parcourus depuis hier soir.
Le Pen et ses copains condamnés une deuxième fois. Elle pourra néanmoins, sauf décision contraire en cassation, se présenter à la présidentielle. Des voleurs patentés d’argent public possiblement à la tête de l’État. Pas scandaleux, ça ?!?
12h – S 15°04 W 100°39 – 872 milles de Rapa Nui
Ciel toujours plombé.
Aujourd’hui, c’est purée de carottes accompagnée de saucisses et d’un fameux crumble. Par ailleurs, Cécile entretien deux boissons que nous partageons avec Lady Blue, du ginger et du kumbucha. Les deux sont fort désaltérantes.
Ce soir, c’est incendie et ombres chinoises sur l’océan. Le soleil joue avec les nuages. Un discret petit rayon vert clôture la séance.
Après-midi et soirée tranquilles, vent stable autour de 15 nœuds, mer plutôt maniable. Une nuit à l’identique serait parfaite. La météo du soir nous laisse l’espérer…
Mercredi 8 – Eh bien… la nuit fut excellente !!!
Oranges pressées, pain frais grillé, thé fumé Lapsang Souchong ou café, œufs à la coque pour débuter la journée sous le soleil. Le baromètre a fait un effort pour côtoyer les 1016 Hp. Un record.
Nous avons quitté San Cristobal en prenant d’emblée un ris dans la grand-voile (option confort). Nous n’en avons ni ajouté, ni enlevé depuis. À l’inverse le génois est, partiellement, enroulé/déroulé un nombre important de fois chaque jour pour s’adapter au vent du moment. Les winchs électriques nous sont alors d’un grand secours : on lâche sur bâbord, on reprend sur tribord (ou l’inverse), en quelques dizaines de secondes. Très facile à réaliser, y compris seul. Lui aussi est quasi toujours réduit. Parfois il n’en reste même pas grand-chose, ce qui ne nous empêche pas de tenir une moyenne très honorable vu la charge de Soa (16 tonnes, je pense).
Didier D., notre ami de Lumacotta, nous accompagne au quotidien même s’il est parfois très occupé à relever son ancre. Surtout la nuit (clin d’œil). Il est, pour nous, une présence chaleureuse et complice, interlocuteur fiable concernant la mer et la météo, connaissant les procédures en cas de difficultés. Une chance et un plaisir de t’avoir à nos côtés.
12h – S 16°43 W 101°57.2 – 747 milles de Rapa Nui
La météo des jours à venir est incertaine, entre calme quasi plat et vents forts. Les deux modèles majeurs de prévision, l’européen ECMWF et l’américain GFS, délivrent des prévisions à 8 jours aux antipodes les unes des autres. Ça finira sûrement par s’unifier. L’actuelle prévision GFS serait la meilleure pour nous.
Pour l’heure, soleil toujours et bleu intense et profond de l’océan. Mon préféré.
Un peu plus d’un an après les avoir achetés au Lavandou spécialement pour cette « Transpac », nous gouttons l’un des jambons fumés d’origine Corse dont nous avons deux exemplaires de 700 ou 800g à bord. Conservés sous vide et au frais. Celui que nous entamons a gardé sa forme et tout son goût. Vraiment excellent.
Concernant les tableaux de synthèse de notre navigation, j’ai parlé un peu vite. Je viens d’en refaire un. À ma décharge, c’est notamment pour faciliter la tâche et unifier les horaires des relevés pour ceux qui, à terre, reportent nos positions journalières sur une carte (oui, oui, il y en a).
Cécile refait du pain. Quand on aime…
Petit rinçage pour le dessalinisateur.
Pour répondre aux recommandations dont nous avons connaissance, nous adressons le message ci-dessous à l’Armada chilienne de Rapa Nui :
A Capitania de Puerto de Rapa Nui
Soa, bateau à voile, France
Immatriculé LRF17748 – MMSI 227 328 120
2 personnes à bord : Didier TABARAUD LE FER – passeport 18AL99518, France et Cécile PROVIDENTI – passeport 19CE17675, France
En provenance des Galapagos, ETA Rapa Nui : 17 juillet 2026.
Nous souhaitons faire escale chez vous pour quelques jours.
Documents joints :
1/ Zarpe, 2/ Immatriculation du bateau, 3 et 4/ Passeports
Mail : voilier.soa@gmail.com
WatsApp : +33 624 03 58 58
Meilleures salutations
Le soleil se faufile entre les nuages puis disparait dans de derniers éclats. Vénus apparait peu après. C’est notre moment incontournable de contemplation partagée du soir.
Pain du jour… encore excellent.
Jeudi 9 – Deuxième très bonne nuit malgré un vent très variable (8 à 20 nœuds). La mer est belle même si un peu de houle persiste.
L’Armada chilienne est réactive, nous avons un mail de réponse de leur part et un numéro Whatsapp pour les joindre. Moderne. Notre arrivée et mouillage se géreront en coordination avec eux.
ARMADA DE CHILE (traduit de l’espagnol)
Bonjour à tous.
J’espère que vous vous portez bien. Merci pour les informations concernant votre arrivée à l’île de Pâques. Vous trouverez ci-dessous le numéro de téléphone joignable 24h/24 de l’Autorité portuaire (+56 9 4041 5339). Nous disposons également d’une adresse e-mail dédiée pour toute assistance (cbyradio@dgtm.cl).
Veuillez nous contacter via WhatsApp une fois à proximité de l’île ou la veille de votre arrivée afin de coordonner votre arrivée, le mouillage et toute autre information utile.
Bon voyage !
Cordialement
À l’approche de Rapa Nui, compte tenu de la météo fluctuante et de vents potentiellement assez forts, grosse séance météo ce matin. Nous passons en revue l’analyse et le WP (Way Point, point de route) de Didier, les analyses et propositions de Predict Wind et de Weather 4 D. À l’arrivée, cela nous permet de déterminer une sorte de triangle à viser et l’azimut moyen correspondant (198° en l’occurrence).
12h – S 18°18 W103°15.3 – 627 milles de Rapa Nui
Nous poursuivons tranquillement la descente (4 nœuds), sous le soleil revenu…
Suite au changement de fuseau horaire, après tergiversation, nous décidons de changer l’heure de référence du bord… tout en gardant l’heure des Galapagos pour les points GPS. Cela permet d’avoir des comparaisons faciles sur 24 heures. Je garde une pendule à la table à cartes à l’ancienne heure et fais tourner les aiguilles des deux autres.
Pour cette douzième soirée de navigation, un coucher de soleil d’anthologie. Boule de feu d’une brillance extrême, entourée d’un halo de verts, quelques petits nuages noirs flottent autour paisiblement, juste pour parfaire le décor. Et puis, ensuite, un embrasement d’oranges au-dessus de toute la ligne d’horizon. Sublime. Vénus, comme chaque soir, rejoint rapidement le tableau.
Vendredi 10 – Le vent est tombé en milieu de nuit (3 nœuds parfois). Sommeil entrecoupé pour tenter d’ajuster les voiles.
Ce matin, le vent qui a repris quelques forces (8 nœuds), tourne. Nous empannons, ce qui consiste, contrairement au virement, à passer de l’autre côté du vent par l’arrière. Notre pantoire (2 écoutes de grand-voile), nous facilite grandement la tâche tout en gardant un contrôle parfait de la bôme et donc de la voile tout au long de la manœuvre. Nous positionnons ensuite la bastaque tribord. Nous sommes donc désormais, tribord amure, au portant.
Nouvelle séance météo approfondie. Plus on a de modèles, plus on a d’avis divergents. Après, on se débrouille. La seule chose sur laquelle ils semblent d’accord c’est qu’on va avoir un vrai trou d’air les 12 et 13. À suivre.
12h – S 19°39.8 W104°00.3 – 92 milles parcourus – 536 milles de Rapa Nui
Pour le déjeuner, nous choisissons de fêter notre premier temps de navigation à plat : pâté du contrebandier Basque et ses petits cornichons, pommes de terre grenailles sautées et chou rouge en salade et braisé, pain maison, Pessac-Léognan de 2019. Pastèque et quatre-quarts maison en dessert. Café et Spéculos. Très correct, non ?
Fabuleuse couleur de l’océan.
L’après-midi se poursuit tranquillement, siestes comprises.
17h00 – Afin, de profiter pleinement de notre heure de contemplation quotidienne, nous réduisons GV et génois pour la nuit, le vent étant remonté entre 12 et 15 nœuds.
Nouvelle descente solaire flamboyante. On ne s’en lasse pas ! L’orange du ciel qui vient ensuite, est d’une finesse en même temps que d’une densité, remarquables…
19h – Nous franchissons la barre des 500 milles restants pour Rapa Nui.
Samedi 11 – La première partie de nuit fut très bonne. À compter de 4 heures, paroles et musique furent différentes. Vent totalement instable changeant sans cesse d’intensité et de direction. Après moult tentatives de réglages, nous finissons par rentrer le génois et allumer le moteur, ce qui permet d’avoir un peu de stabilité.
8h – Le vent semble plus constant. Nous passons la GV sur tribord et remettons du génois. Avec un petit changement de cap, ça a l’air de tenir. Nous sommes de nouveau au près (BB amure) et à la gite avec une mer croisée, bien formée et remuante.
Les prévisions fournies par les divers Grib prévoient du vent jusqu’en milieu de journée. Après, la « pétole » devrait s’installer pour au moins vingt-quatre heures !
12h – S 20°49.7 W104°39.5 – 78 milles parcourus – 458 milles de Rapa Nui
Vent faible, soleil léthargique. Soa roule (d’un bord sur l’autre) et tangue (avant/arrière). L’équilibre est à trouver à chaque déplacement. Suivant le côté de la gite, on ne s’accroche pas aux mêmes endroits… une fargue, une poignée, un rebord, un chambranle de porte. Il faut savoir choisir et ne pas trembler.
Notre nouvelle heure ne nous convient pas vraiment. Nos estomacs et nos désirs de sommeil se sentent en décalage. On réfléchit.
Nettoyage des panneaux solaires pourris par nos plumitifs. Ils semblent d’ailleurs avoir disparus.
Côté baisse des températures, nous avons, en moyenne, perdu 4 degrés. La sensation de froid est cependant bien plus forte sans soleil et au vent. Le pôle ne doit pas être loin.
23h – Le vent, bien calme jusque-là, double la mise et passe de 10 à 20 nœuds d’un coup. Je réduis le génois et repars me coucher.
Comme toutes ces dernières nuits, ciel intégralement pavé d’étoiles. Magique.
Dimanche 12 – Hormis la brusque montée de 23h, la nuit fut calme et confort.
8h – Moteur par nécessité… et pain frais.
9h30 – On remet les voiles… s’en suit une très belle matinée de navigation sous un soleil timide mais néanmoins bien présent. Soa escalade avec agilité la grosse houle longue qui nous barre la route mais ne nous gêne pas vraiment. On se croirait en croisière côtière dans le sud Bretagne.
In fine, nous repassons à l’heure des Galapagos qui nous convient mieux.
12h – S 21°53 W 105°36 – 83 milles parcourus – 376 milles de Rapa Nui
En ce milieu de journée, en mode petite vitesse, nous bouclons notre deuxième semaine de navigation. Passée à toute vitesse, elle aussi.
Nous avons une piste pour la mauvaise odeur qui nous poursuit (cabine arrière). À creuser.
Suivant les projections météo, « sauf imprévu » (formule de mon père marin), nous pourrions rejoindre Rapa Nui d’ici 4 ou 5 jours soit les mardi 16 ou mercredi 17 prochains. Cela dépendra essentiellement de notre vitesse de descente (franchissement de la zone sans vent) et du besoin ou non de ralentir pour éviter le vent plus fort qui s’annonce à proximité de l’ile. S’il se confirme. Nous devrions disposer d’une fenêtre de quelques jours sur place. L’avenir nous le dira. Nous ne sommes désormais plus très loin du but et sommes très optimistes quant au fait de pouvoir faire escale à Rapa Nui et, partant, rendre visite aux Moaï. Les voir de nos yeux, les toucher de nos mains. Un grand moment à venir.
On est à fond… autour de 2 à 3 nœuds.
18h15 – Plus de vent du tout. On met le moteur en route… et puisque c’est ça, on en profite pour faire tourner le dessalinisateur.
Entre nuages et océan, nouveau magnifique coucher de soleil. L’océan se couvre d’un gris métallisé du meilleur effet.
Tout a une fin, nous terminons notre dernier camembert « frais » (vu son état, il était temps !) et notre dernier yaourt terrien. Cécile a fait des yaourts ce matin, nous les goutterons demain.
La nuit est claire, les étoiles omniprésentes. Quelques rares planctons bien lumineux parsèment la surface de l’eau.
Lundi 13 – Nuit tranquille au doux ronronnement du moteur. Mer très calme.
Lever de soleil splendide, d’après Cécile qui était de quart à cette heure-là.
8h00 – Nous franchissons la barre des 300 milles.
La météo du jour confirme celle de la veille. Si nous poursuivons au même rythme, nous devrions avoir du vent entre 20 et 30 nœuds avant d’arriver. Ce que nous avons déjà eu depuis le départ ou avons fréquemment rencontré aux Antilles. Ralentir ou poursuivre afin d’arriver de jour et par temps calme ?
Pour finir, nous ne ralentissons pas mais nous laissons aller à la vitesse du vent très faible que nous rencontrons actuellement (3/5 nœuds) plutôt que de mettre le moteur. Le tout pour une arrivée vraisemblable le jeudi 16 en journée.
12h – S 23°04.3 W 106°22.8 – 79 milles parcourus – 297 milles de Rapa Nui
Après notre petit-déjeuner pris dans le cockpit (pancakes compris), nous récidivons avec le déjeuner même si, comme l’on dit, le fond de l’air est frais. Le bateau à plat, le large soleil et la magnifique couleur Indigo de l’océan compensent tout.
La question du lieu de notre atterrissage va se poser bientôt. Bien sûr, nous verrons cela avec l’Armada mais en fonction des quatre ou cinq possibilités qui s’offrent à nous, il nous appartient de viser un point médian nous permettant de bifurquer vers le lieu qui apparaitra, le moment venu, comme le meilleur. La pointe nord-ouest parait la plus appropriée à viser. Elle est à mi-chemin du mouillage nord et du mouillage ouest correspondants à l’orientation des vents annoncés. Mais, suivant ces derniers, la pointe Est n’est pas mal non plus…
Cécile se lave et se coupe les cheveux. Beau résultat ! Bon, faut dire qu’il y en avait besoin.
Une fois n’est pas coutume, sous la caresse du soleil, nous passons une partie de l’après-midi sur le pont et la terrasse de Soa (dessus du rouf). La grosse et longue houle nous fait jouer, en douceur, les montagnes russes. Ciel et océan sont au diapason. Un vrai bonheur… au milieu du Pacifique.
Nouveau pain aux céréales. Un modèle du genre.
Depuis deux semaines, toujours aucun bateau aperçu !
Mardi 14 – Nous avons passé une de nos meilleures nuits si ce n’est la meilleure depuis le départ. Histoire d’avancer doucement, grand-voile seule, par environ 5 à 7 nœuds de vent. Vitesse de Soa entre 2 et 3 nœuds, bateau quasi à plat.
À 9h ce matin, nous sommes à 250 milles de Rapa Nui. Une arrivée le jeudi 16 apparait de plus en plus plausible. La mer vallonnée et douce d’hier que nous recevions par l’avant bâbord, a laissé la place à une surface d’eau quelque peu agitée arrivant sur notre arrière tribord.
Nous ressortons le génois pour accrocher une vitesse autour de 5,5 nœuds afin d’arriver, si possible, en milieu de journée. Ça devrait être jouable vu les vents annoncés (16 nœuds actuellement).
Outre la météo, nous regardons de plus près les mouillages, pour notre arrivée et les jours qui suivent. Tout est très changeant.
Les fous sont de retour. Dessous du corp et parties avant des ailes, blancs. La terre approche.
Sur le site « Navily », nous trouvons les coordonnées de Patrice, un marin Breton et guide vivant sur l’ile depuis 30 ans. Contacté par Whatsapp au +56944051269, il nous répond immédiatement. Il nous conseille un mouillage au nord-est, celui de Lapérouse, pour notre arrivée. Intéressant d’avoir un interlocuteur local et marin.
11h30 – Le vent est en avance sur son temps, déjà 25 nœuds et plus, ce qui était attendu beaucoup plus tard dans la nuit.
12h – S 23°54.6 W 106°50.2 – 60 milles parcourus – 237 milles de Rapa Nui
16h – Nous sommes maintenant autour de 30 nœuds avec des pointes fréquentes à 35 nœuds. Nous réduisons la grand-voile et remplaçons le génois par la trinquette que nous ne déroulons que partiellement.
Cécile m’indique avoir entendu, pendant la nuit, un bruit que nous connaissons bien, le cardan/réducteur de barre qui saute. Nous dégageons suffisamment le coffre arrière pour que je puisse aller voir… et en effet, c’est bien ça ! Il saute à chaque embardée de Soa liée aux vagues fortes qui nous arrivent du ¾ arrière. Comme un moment de flottement. Le cardan en question a été changé il y a un an et nous n’avons fait qu’environ 5000 milles depuis, soit, quasi rien.
Nous décidons de finir d’enrouler le peu de grand-voile qui restait, de naviguer au moteur quasi face à la vague, ce qui nous conduit à changer de cap (190° ð240°). Presque plus d’embardées, même si Soa roule beaucoup. Nous n’entendons plus le cardan geindre, le préserver était le but. Nous allons vraisemblablement passer la nuit comme ça. Je démonterai le cardan une fois arrivés à Rapa Nui, sans doute des épaisseurs de cales à enlever.
Nous recontactons Patrice pour lui expliquer les choses et le prévenir que, dans ces conditions, nous n’arriverons que le 17.
L’équipe de France éliminée du mondial. Ainsi va la glorieuse incertitude du sport.
Podcasts Rapa Nui, chercheurs spécialistes de l’ile, dont Les mystères de l’ile de Pâques (Émission le temps d’un bivouac – France Inter).
L’expédition du Kon-Tiki de Thor Heyerdahl. Le livre prolonge notre réflexion sur Rapa Nui, les Moaï et la Polynésie.
17h – Soucieux, en priorité, de préserver le cardan du système de barre, nous faisons le choix de rentrer complétement les voiles, de prendre un cap plus à l’ouest (240°) afin d’être moins bousculés par les vagues, de naviguer au moteur, ce qui semble lui convenir. Nous sommes, en moyenne, à 2 nœuds.
Soleil invisible ce soir.
Yaourts maison (Cécile) avec une pointe de miel ou de sirop d’érable, vraiment excellents. Élisabeth, tu as de la concurrence !
La nuit s’annonce plus que remuante.
Mercredi 15 – Vous avez dit remuante ? Elle fut bien plus que cela. Soa c’est transformé en une sorte de lessiveuse à l’intérieur de laquelle les déplacements se devaient d’être millimétrés. Les deux mains n’étaient pas de trop ? le dos, les fesses, les épaules, non plus !
12h – S 24°41.3 W 107°31 – 59 milles parcourus – 178 milles de Rapa Nui
Courrier à Tecmar/Lewmar
Bonjour Monsieur Z.
Les histoires se suivent et malheureusement se ressemblent.
En provenance des Galapagos où nous avons passé 10 mois, nous sommes en approche de l’ile de Pâques (150 milles).
Première et seule navigation du réducteur/cardan que j’ai récupéré dans vos nouveaux locaux.
Hier, mer très formée, vent 25 à 35 nœuds de travers, voiles réduites en conséquence, premiers craquements du réducteur (que nous connaissons bien maintenant) qui « saute ».
Les problèmes ont toujours débuté ainsi… mais jamais après seulement 2.000 milles parcourus.
Aujourd’hui, mer plus calme, 20 nœuds, le réducteur claque parfois (voiles toujours réduites).
Là où nous nous trouvons, un vrai problème de sécurité. En effet, si le réducteur venait à lâcher complétement, comme les précédents, nous ne pourrions même plus barrer avec la barre à roue.
Vu l’isolement dans lequel on se trouve (3.800 km du Chili ou des Marquises), il est donc vital que les techniciens/ingénieurs de chez Lewmar nous disent comment je peux, par mes moyens propres, remédier à ce problème (nombre de cales ou autre).
Précision, le réducteur en question a été monté par mes soins, à l’identique de celui (n°2 de la série) qui a tenu 25.000 milles.
Merci de votre retour.
Bien sincèrement,
Didier TABARAUD LE FER
Whatsapp +33 666 34 29 88 (moins 8 heures)
Soleil version boule ronde, aucun nuage, rayon vert, croissant de lune horizontal et, un peu au-dessus de l’horizon Vénus. Orange du ciel.
Jeudi 16 –La nuit et la matinée furent globalement calmes.
Nous franchissons la ligne des 100 milles.
Contactée, l’Armada répond quasi instantanément. Ils nous conseillent deux mouillages dont ils vont nous transmettre les coordonnées GPS.
Compte-tenu de leurs indications et de notre propre analyse météo, nous transférons le WP d’atterrissage de la pointe Ouest de l’ile, à la pointe Est. Coordonnées : S 27°06. W 109°11.9 Distance : 70 milles. ETA (temps estimé d’arrivée) : demain vendredi 17 à 14h30
J’ai M. Z. de chez Tecmar, au téléphone. Mon interlocuteur habituel. Il voit avec Lewmar. Inch Allah. Le réducteur claque toujours. Moins au moteur. Moteur donc en complément des voiles très réduites.
12h – S 26°12.6 W 108°05 – 89 milles parcourus – 70 milles de Rapa Nui (nouveau WP arrivée)
Nous avons consommé, hier, le seul chou vert qui nous restait. Pour aujourd’hui, confit de canard, patates douces revenues dans leur graisse (les dernières). Pain frais d’hier soir. L’appétit est toujours solide.
14h – Le vent et la mer ont forci. On roule complétement la GV. Autour de nous, tout est gris. Le baromètre qui affichait crânement 1017 Hp est descendu à 1009 Hp. La dépression attendue est bien là ! 35 nœuds de vent actuellement accompagnés de pluie. Pointes à 37. Mer très agitée, creux d’au moins 3 mètres. De nouveau, Soa qui prend régulièrement de gros paquets de mer, sortes de claques liquides au bruit mat, gesticule un peu dans tous les sens. Malgré cela, Cécile dort. Comme cela nous a été fait remarquer, heureusement, nous n’avons pas le mal de mer… et nous parvenons à dormir, ce qui est essentiel.
La météo ne s’arrange pas.
Nous écoutons un podcast en rapport avec la Bounty et l’ile de Pitcairn, où nous sommes susceptibles de passer.
19h – Le cardan de la barre claque de plus en plus. Dans le souci de le préserver, nous faisons le choix de nous mettre à la cape. Nous déroulons un peu de trinquette puis virons. Le fait de passer de l’autre côté du vent gonfle la trinquette à contre (à l’envers). Ensuite, nous positionnons et bloquons la barre du côté opposé. En l’occurrence, le vent dans la trinquette pousse l’avant du bateau vers la droite tandis que l’action de l’eau sur le safran oriente l’arrière du bateau vers la gauche. Les forces s’annulent, le bateau conserve le même angle au vent et à la vague. Il dérive ensuite doucement.
20h – Le dernier croissant de lune, en lieu et place du soleil, s’immerge lentement.
Dodo pour nous…
Vendredi 17 – La nuit, bien que remuante, fut réparatrice.
9h30 (heure Rapa Nui) – Moteur. Après un bon petit déjeuner, nous repartons. 82 milles devant nous pour la pointe ouest, cette fois, sur recommandation de l’Armada. Arrivée, si tout se passe bien, demain dans la journée. Nous avons le vent et les vagues dans le nez.
Notre propre analyse météo confirme cette option au vu du peu de vent qu’il devrait y avoir les jours suivants.
Le cardan claque toujours, il est vraisemblablement en sursis. S’il lui prenait l’idée te tenir jusqu’à notre arrivée, cela nous éviterait la barre franche de secours.
Bon, « ce n’est pas le tout », va falloir préparer l’arrivée. Dénicher le traditionnel pavillon jaune de demande de démarches administratives, recharger la VHF portable, sortir les appareils photos et recharger leurs batteries, mettre un peu d’ordre, trouver de quoi s’habiller correctement… D’une certaine manière, revenir à la civilisation alors que, depuis 20 jours, nous en étions bien éloignés.
12h – S 26°17.6 W 108°22.9 – 89 milles parcourus – 71 milles de Rapa Nui
Pour nous mettre au diapason et éviter les erreurs dans nos échanges, nous passons à l’heure locale de Rapa Nui. Moins une heure par rapport aux Galapagos, moins 8 heures par rapport à la France.
Surprise : en voulant mettre ma montre automatique à l’heure (plongée), je constate qu’elle tourne toujours. Les mouvements du bateau sans doute…
Malgré les vagues et les 15 nœuds de vent, Soa marche bien. À l’instar des avions, notre centrale de navigation estime notre arrivée à 7h30 demain matin, samedi 18/07. Bien tôt. On devrait pouvoir dormir un peu avant.
17h – 50 milles devant nous. ETA 5h30. Nous allons ralentir ou faire une pause pour arriver vers 9h30/10h. Rendez-vous est pris avec l’Armada pour 10h30.
Nous poursuivons notre approche…
Samedi 18 – La nuit fut calme. Ayant de la marge pour arriver, nous avons passé 3 heures tranquilles à la cape. Puis sommes repartis.
06h00 – Rapa Nui apparait. Le Saint Graal !!!
La météo réelle est aux antipodes de celle annoncée. En lieu et place d’un vrai calme nous sommes confrontés à 25/28 nœuds de vent accompagnés d’une méchante houle de travers. Le mouillage ouest d’Hanga Roa sur lequel nous nous étions mis d’accord avec l’Armada, est totalement exposé. Avec leur accord, indispensable semble-t-il, nous bifurquons donc vers la côte nord, plus protégée. L’Armada nous donne un point de mouillage à proximité de la baie La Pérouse, par 20 mètres de fond : S 27°04.550 W 109°18.43. Bien que venté, l’endroit s’avère nettement plus calme.
Heures. La centrale de navigation affiche désormais une nouvelle heure, celle des Galapagos qui semble d’actualité ici. L’Armada nous le confirme. Surprenant, ces changements.
Malgré notre attention, notre recherche désespérée de Moaï reste infructueuse, les jumelles avec lesquelles nous scrutons le paysage, n’y changent rien. Par contre, en complément des bleus (et gris) qui nous accompagnent depuis trois semaines, nous avons sous les yeux, une palette de verts. Et puis, du relief, quelques arbustes, des vaches, de très rares maisons, une plage, de la roche volcanique…
12h – S 27°04.5 W 109°18.4 – 00 milles de Rapa Nui – On y est !!!
Être là, avoir atteint cette ile mythique, à la marge des sentiers habituellement battus, génère chez moi une intense jubilation, un ravissement, un enchantement. Partager cette expérience avec Cécile, démultiplie mon plaisir et mes ressentis.
Les bateaux de plaisance qui rejoignent la Polynésie française sont rares voire très rares, à faire ce crochet par le sud, surtout à cette saison qui, il faut bien le dire, n’est pas la meilleure. En général, ils tracent directement vers les Marquises oubliant même, généralement, l’archipel des Gambier.
Magnifique coucher de soleil derrière la pointe montagneuse.
Pour fêter dignement notre arrivée, en bons français que nous sommes, nous faisons sauter le bouchon. Champagne donc (nous avions pris la précaution de le mettre au frais) !
Dimanche 19 – La nuit fut particulièrement calme et reposante. Exactement ce que nous pouvions espérer. L’alarme de mouillage que nous avions activée, ne s’est même pas manifestée. Nous lui en sommes reconnaissant.
06h – Les autorités locales nous ayant demandé de rallier Hanga Roa pour les formalités d’arrivée et la visite du bateau, nous nous extirpons du lit. Nous y étions pourtant bien au chaud, sous la couette (seulement 21° dans la cabine). Nous déjeunons tranquillement.
07h – Nous décollons et mettons le cap sur la baie d’Hanga Roa… mais c’est une autre histoire.
TABLEAU DES POINTS JOURNALIERS
| TABLEAU DES POINTS JOURNALIERS | |||||||
| Dates | Jours | Heures | Positions | Milles | |||
| Locale | GMT | SUD | OUEST | Parcourus | Rapa Nui | ||
| D 28/06/2026 | 0 | 13h30 | 08h30 | Départ San Cristobal | 0 | 1935 | |
| L 29/06/2026 | 1 | 12h00 | 07h00 | 02°22.6 | 90°56.2 | 114 | 1821 |
| M 30/06/2026 | 2 | 12h00 | 07h00 | 03°58.8 | 91°58.6 | 114 | 1707 |
| Me 01/07/2026 | 3 | 12h00 | 07h00 | 05°20.9 | 93°23.7 | 114 | 1593 |
| J 02/07/2026 | 4 | 12h00 | 07h00 | 06°50 | 94°30 | 118 | 1475 |
| V 03/07/2026 | 5 | 12h00 | 07h00 | 08°13.1 | 95°58°8 | 111 | 1364 |
| S 04/07/2026 | 6 | 12h00 | 07h00 | 09°45.8 | 97°15.2 | 118 | 1246 |
| D 05/07/2026 | 7 | 12h00 | 07h00 | 11°29.7 | 98°19 | 121 | 1125 |
| L 06/07/2026 | 8 | 12h00 | 07h00 | 13°18.7 | 99°28.6 | 129 | 996 |
| M 07/07/2026 | 9 | 12h00 | 07h00 | 15°04 | 100°39 | 124 | 872 |
| Me 08/07/2026 | 10 | 12h00 | 07h00 | 16°43 | 101°57.2 | 125 | 747 |
| J 09/07/2026 | 11 | 12h00 | 07h00 | 18°18 | 103°15.3 | 120 | 627 |
| V 10/07/2026 | 12 | 12h00 | 07h00 | 19°39.8 | 104°00.3 | 92 | 536 |
| S 11/07/2026 | 13 | 12h00 | 07h00 | 20°49.7 | 104°39.5 | 78 | 458 |
| D 12/07/2026 | 14 | 12h00 | 07h00 | 21°53 | 105°36 | 82 | 376 |
| L 13/07/2026 | 15 | 12h00 | 07h00 | 23°04.3 | 106°22.8 | 79 | 297 |
| M 14/07/2026 | 16 | 12h00 | 07h00 | 23°54.6 | 106°50.2 | 60 | 237 |
| Me 15/07/2026 | 17 | 12h00 | 07h00 | 24°41.3 | 107°31 | 59 | 178 |
| J 16/07/2026 | 18 | 12h00 | 07h00 | 26°12.6 | 108°05. | 89 | 70 |
| V 17/07/2026 | 19 | 12h00 | 07h00 | 26°17.6 | 108°22.9 | CAPE | 71 |
| S 18/07/2026 | 20 | 12h00 | 07h00 | 27°04.5 | 109°18.4 | 00 | |
À noter :
- Armada chilienne Rapa Nui – Whatsapp +56 9 4041 5339) – Assistance cbyradio@dgtm.cl
- Patrice – marin Breton et guide vivant sur l’ile depuis 30 ans – Whatsapp +56944051269
- Erwan – marin Breton et guide vivant sur l’ile – Whatsapp +56 9 82 90 77 92