« Aringa ora o te tapuna » (Le visage vivant de nos ancêtres) Juan Tepano
Introduction :
Après 20 jours d’océan depuis les Galapagos, nous voici donc dans ce lieu fantasmé. Être là, avoir atteint cette ile mythique, à la marge des sentiers habituellement battus, génère chez moi une intense jubilation, un ravissement, un enchantement. Partager cette expérience avec Cécile, démultiplie mon plaisir et mes ressentis.
Résumé :
Être là, à Rapa Nui, avoir atteint cette ile mythique, à la marge des sentiers habituellement battus, génère chez moi, chez nous, une intense jubilation, un ravissement, un enchantement. Cette étape absolument hors du commun, se mérite. Perdue au milieu du Pacifique (3.700 km de toute terre), il n’est pas forcément facile d’y venir. Accéder à terre est acrobatique. Les Moaï, sentinelles de pierre, en imposent : mystère, mystique. Parfaitement alignés, regards tournés presque toujours vers l’intérieur de l’ile pour protéger ses habitants, ils sont la preuve vivante du génie des peuples polynésiens anciens. Rapa Nui laisse une empreinte durable, celle d’avoir, humblement, côtoyé les gardiens d’une histoire humaine à la fois grandiose et tragique.
Dimanche 19 au dimanche 26 juillet 2026 – Rapa Nui
Dimanche 19 – La nuit fut particulièrement calme et reposante. Exactement ce que nous pouvions espérer. L’alarme de mouillage que nous avions activée, ne s’est même pas manifestée. Nous lui en sommes reconnaissants.
06h – Les autorités locales nous ayant demandé de rallier Hanga Roa, nous nous extirpons du lit. Nous y étions pourtant bien au chaud, sous la couette (seulement 21° dans la cabine). Nous déjeunons tranquillement avant de lever l’ancre.
07h – Décollage. Il fait encore nuit. Le soleil ne se lèvera vraiment qu’une heure plus tard. Mêmes magnifiques lumières orangées que le soir avant son jaillissement.
09h30 – Nous mouillons au point GPS que les autorités locales nous ont indiqué. Elles arrivent en force une demi-heure plus tard. Pas moins de huit personnes… accompagnées d’un chien ! Tout se passe gentiment et assez rapidement. Aucune contribution financière ne nous est demandée pour l’instant (nous avions eu des échos divers à ce sujet). Le chien n’a rien trouvé à redire, les humains non plus. Passeports tamponnés, nous sommes donc officiellement admis au Chili et, par voie de conséquence, à Rapa Nui.
Faute d’avoir de taxi-boat ici, nous mettons l’annexe à l’eau. Je passe un grand moment, brosse à poils dur en main, à tenter de nettoyer les cadeaux bien collants que nous ont laissés les fous. Je n’y parviens que partiellement.
Nous remontons et rangeons l’hydrogénérateur qui a parfaitement tenu son rôle durant nos trois semaines de navigation.
Moteur préalablement démarré, nous mettons le cap sur le petit phare blanc et rouge situé à l’entrée de l’abri des pêcheurs. Arrivés à proximité, nous cherchons le chemin d’accès réputé être entre deux gros cailloux. Nous voyons bien « des » cailloux, il y en a à revendre. Lesquels sont les bons ? Et puis, on passe de ce côté du caillou ou de l’autre ? Côté droit les vagues se brisent et écument. Des surfeurs nous font signe qu’il faut passer de l’autre côté. Merci à eux/elles. Une accalmie, on fonce. Quelques instants plus tard nous sommes au milieu de la dizaine de barques présentes. C’est dimanche, les pêcheurs se reposent. Ne reste plus qu’à s’amarrer et débarquer. Pas si facile, le quai est haut.
Nous déjeunons dans un des restaurants où des places restent disponibles. Pas d’écran XXXL pour la coupe du monde, ceci doit expliquer cela.
Durant notre visite de la ville, Hanga Roa, nous achetons les tickets nécessaires à l’approche des Moaï (100 $ par personne). À l’exception d’un ou deux sites tous nécessitent, en plus, d’être accompagnés par un guide.
Nous retirons de la monnaie locale au distributeur (Dollar) et faisons quelques courses.
Sur le chemin du retour nous rencontrons un sculpteur qui produit des Moaï plutôt sympas. Cécile se laisse séduire.
Équipe de foot espagnole, qui a éliminé l’équipe de France quelques jours plus tôt, est championne du monde. Bravo à elle.
Fort de notre expérience à l’aller, nous négocions très correctement notre retour en annexe. Chaud quand même, mais nous étions prévenus. Rapa Nui, jusqu’au bout, se mérite.
Lundi 20 – Longue nuit plutôt calme…
10h – En accord avec l’Armada, nous quittons Hanga Roa (hanga veut dire baie) pour rejoindre Hanga Hotuiti à la pointe sud-est de l’ile. Environ 16 milles que nous effectuons en partie à la voile et en partie au moteur. Ancre levée, nous passons saluer Europa, le trois-mâts qui nous a suivi à une journée de descente depuis les Galapagos.
Passée la pointe sud et les gros rochers qui la prolonge, le vent grimpe à 30 nœuds. Il ne faiblira pas jusqu’à notre arrivée à destination. Nous faisons une partie du parcours à la barre franche afin d’économiser le cardan.
Lentilles accompagnées des boudins que nous avons achetés hier pour le déjeuner. Très corrects. Le gâteau à l’ananas préparé par Cécile ferme le ban d’excellente manière.
15h – Nous mouillons au point arrêté avec l’Armada, par 20 mètres de fond (sable). Nous ne lésinons pas sur la longueur de chaine, nous déroulons 80 mètres.
Devant Soa, en bord de baie, les quinze Moaï d’Ahu Tongariki, alignés comme à la parade, nous font face. Enfin, non, puisque, comme la presque totalité de leurs congénères, ils regardent vers l’intérieur de l’ile et tournent donc le dos à l’océan.
Après la sieste, nous préparons Soa aux 45 nœuds prévus par la météo pour la nuit. Nous arrimons tout au mieux, sécurisons les panneaux solaires, mettons nos paniers suspendus à l’abri, sanglons l’antenne Starling… etc.
Tandis que nous nous activons dans le cockpit, le dos d’une baleine (à bosse) apparait à quelques mètres de la poupe de Soa. Avant de plonger pour passer sous le bateau, elle sort son impressionnante tête couverte de tubercules et de bernacles, comme pour nous regarder, puis disparait. Nous la retrouvons à la proue dans un exercice de style qui nous permet d’admirer sa caudale blanc qu’elle brandit fièrement hors de l’eau. Elle s’éloigne ensuite. Cécile est aux cent coups. Est-elle venue nous souhaiter la bienvenue ? Nous a-t-elle salué avec sa caudale avant de s’éloigner ? Cette séquence nous a grandement émus.
19h – Le vent faiblit, la nuit nous enveloppe.
Poivrons grillés au four, yaourts et gâteau maison pour le diner. Le vin chilien, acheté hier à un prix assez raisonnable, est très correct.
Mardi 21 – Le vent fort annoncé s’est fait discret, la nuit a donc été bonne.
Ce matin, vent disparu, petite houle, pluie et ciel uniformément gris. Nous enlevons les sangles de maintien des panneaux solaires et fermons les bâches du cockpit.
J’ai M. Zavatta de chez Tecmar, quelques courtes secondes, au téléphone. Il doit me rappeler… mais, rien.
Journée tranquille, juste un peu de nettoyage.
En fin d’après-midi, des pêcheurs nous offrent deux petites daurades, nous n’en acceptons qu’une, pour ne pas gaspiller. Demain, ils nous rapporteront de l’essence pour l’annexe. Ils nous apprennent que la baleine qui nous a rendu visite hier, loge à proximité de la pointe derrière nous. Visite de courtoisie, de curiosité… ce qui est sûr, c’est que nous sommes chez elle.
Depuis l’avant de Soa, nous regardons le soleil descendre derrière la colline.
Mercredi 22 – Peu ou pas de vent, belle houle par le travers, la nuit a été remuante.
Une petite fenêtre météo s’ouvrant à nous, nous tentons la balade à terre, le site de Hotuiti (Moaï Ahu Tongariki), étant l’un des plus beaux. En tout bord de mer, quinze spécimens de différentes tailles (mais tous grands), tournés vers l’intérieur de l’ile et donc dos à l’océan, parfaitement alignés, trônent impassibles dans leur tenue de nuit.
Mais d’abord, la descente à terre. Il s’agit de rejoindre un minuscule abri qui héberge, faute de plus d’espace, trois barques de pêcheurs. Malgré le petit phare situé à proximité, nous ne savons pas exactement où est l’entrée. Il n’y aurait pas de difficulté si la mer était calme et plate. En lieu et place, une ample houle d’au moins deux mètres par laquelle il ne faut pas se laisser prendre. À quelques dizaines de mètres de ce que nous imaginons être l’entrée, par deux fois nous pointons le nez de l’annexe vers le large afin de se placer face aux vagues et de pouvoir les escalader. Après la septième, un moment moins agité, même si ça déferle autour, nous tentons le coup, gilets de sauvetage sur le dos. Nous repérons ce qui semble être l’entrée. On y va, tout droit d’abord puis, à la perpendiculaire des vagues, cailloux à droite, cailloux à gauche. Environ 5 mètres de passage. Faut pas se louper ! Aussitôt les cailloux franchis, nouveau virage à 90° à droite. Et nous sommes à l’abri !!!
Victor, notre pêcheur d’hier, nous accueille et nous aide à nous amarrer. Il prépare sa barque pour partir pêcher. Cet homme, la trentaine, tanné par le soleil, est adorablement sympathique. Il a fait le plein des deux bidons d’essence que nous lui avions confiés. Compte tenu de la météo à venir, il nous conseille de rejoindre le site de La Pérouse au nord de l’ile. Nous échangeons nos numéros de téléphone et lui confirmons qu’il est le bienvenu à bord de Soa.
Les Moaï nous attendent à quelques mètres. Bien que munis des tickets de la réserve, nous ne pouvons pas les approcher. Pas grave, nous y reviendrons avec Patrice. Nous sommes à une centaine de mètres. Ils sont impressionnants ! Très, très impressionnants ! Nous sommes physiquement mais pas seulement, bien petits à côté d’eux et à côté de ceux qui on réussit l’exploit de les sculpter et de les positionner là. Transport depuis la montagne par on ne sait vraiment quel moyen, mise à la verticale (s’il n’y étaient pas déjà), installation dans un parfait alignement… Ils en imposent. Vraiment.
Pour le retour à bord, nous observons les vagues depuis l’annexe positionnée en limite de l’abri. Nous avons désormais le mode d’emploi. Un moment de calme relatif, on fonce et avançons ensuite face aux vagues jusqu’à Soa. Tout va bien, mais… ça se mérite !
En fait, toute l’ile se mérite.
15h30 – Pour cet après-midi de notre quatrième jour à Rapa Nui, nous levons l’ancre pour rejoindre notre quatrième mouillage, histoire d’être, on l’espère, mieux abrités par rapport aux vents et vagues qui s’annoncent. Baie de la Pérouse donc.
Nous croisons Victor et sa barque qui sont sur le chemin du retour. Grands signes amicaux échangés.
Jeudi 23 – Nuit remuante.
Journée immobile, ça fait du bien même si ça bouge toujours.
Je viens de ressortir mes « charentaises » équatoriennes en alpaga. Chaudes et super confortables. J’en avais également acheté aux Açores où la température était tout aussi fraîche.
C’est la journée grand lavage de l’équipage. Se doucher à l’eau chaude, un vrai bonheur.
Histoire de ne pas perdre complétement la main, électricité cet après-midi. Je change le variateur et repositionne l’un des rubans leds situés au-dessus du plan de travail de la cuisine.
Pain multicéréales maison… parfait avec tout (Cécile). Puisque nous n’avons plus de camembert « frais », camembert et brie en boite achetés à Panama. Ils sont fort acceptables. Il nous reste d’autres fromages, à pâte dure ceux-là.
Un cargo vient mouiller à proximité de Soa.
Vendredi 24 – Durant la nuit, Soa tire sur sa chaîne qui rague très fortement. Je me lève deux fois pour vérifier si tout va bien. Ce qui me surprend, c’est la verticalité de la chaîne. À défaut d’y penser sur l’instant, recouché, je me dis que la chaîne est vraisemblablement coincée dans un rocher. Cécile fait la même analyse.
Au réveil, sous le soleil, la chaîne a repris son penchant habituel. Parfait, compte tenu du vent et des vagues annoncés.
Au vu des photos que j’ai mises sur Face Book concernant notre navigation, plusieurs de mes amis me demandent s’il faisait froid. En navigation, oui, on a rapidement froid. À Rapa Nui, à l’identique des Açores (n’est-ce pas Élisabeth ?), il fait bon au soleil et à l’abri du vent. Pas vraiment chaud sinon. Pour rappel, c’est l’hiver, ici.
Autre remarque : « Vous devez être contents de retrouver la terre ferme ». Nous sommes bien sûr ravis d’être arrivés, et impatients de découvrir cette ile mythique voire, mystique. Mais, en tant que tel, le plancher des vaches ne nous manque pas. Depuis notre arrivée, il y aura une semaine demain, nous ne sommes allés à terre que deux fois. Si les conditions météo nous l’avaient autorisé, nous y serions allés plus souvent. Nous ne sommes cependant pas en manque.
Rapa Nui (latitude 27° sud) et hiver austral. À Rapa Nui, il n’existe aucun port ou marina où nous pourrions mettre Soa à l’abri. Pas de bouée non plus à laquelle s’accrocher. 100% mouillage donc (20 m en moyenne). Dans ce domaine, je viens de préparer une deuxième main de fer au cas où (elles retiennent la chaîne pour épargner le guindeau et amortissent un peu les chocs). Nous sommes actuellement, le seul et unique bateau de plaisance.
L’hiver austral se caractérise par une succession de dépressions se déplaçant d’ouest en est, dont nous subissons la partie haute. Elles tournent autour de leur centre dans le sens des aiguilles d’une montre. Elles génèrent parfois un vent qui peut être soutenu (25/30 nœuds et plus) ainsi qu’une houle pouvant atteindre 3 ou 4 mètres qui déferle sur la côte la plus exposée. D’où nos nombreux changements de mouillages pour nous mettre le plus possible à l’abri. Conséquences, il est difficile et assez sportif de rejoindre la terre ferme (annexe) et de laisser le bateau seul, l’esprit tranquille. Les taxis-boats des Galapagos sont très, très loin.
Dans nos choix de mouillages, nous sommes très bien accompagnés et épaulés par l’Armada locale qui nous suit de près et nous communique les informations de météo locales et recommandations générales. Toujours rassurant.
Samedi 25 – Cette journée et celle qui suit, s’annoncent très calmes du point de vue vent et vagues. C’est cette configuration que nous attendions pour attaquer le démontage du cardan de barre qui, selon toute évidence, est endommagé. Précision utile, nous en avons un en réserve.
Avant le démontage lui-même, il nous faut vider l’essentiel du coffre tribord arrière (vélos, Grabbag, hydrogénérateur, cordages et amarres, bois divers, bidons…) au fond duquel se trouve ledit cardan.
L’espace est compté, le démontage est fastidieux. Quatorze boulons avec ou sans écrou, de tailles diverses dont certains sont difficiles d’accès. Mais, tout se fait, il suffit d’y mettre le temps et l’énergie. Une fois démonté, nos craintes sont confirmées. Nous faisons moult photos et vidéos pour Tecmar/Lewmar.
Au vu de l’heure, nous reportons le montage du remplaçant et remettons une partie des choses dans le coffre afin de dégager un peu le cockpit et prévenir toute velléité de vol même s’il ne semble pas y en avoir ici.
Compte tenu de tout cela, nous confirmons notre rendez-vous à Patrice.
Histoire de ne pas perdre complétement les bonnes habitudes, nous nous offrons notre Ti’punch habituel du samedi.
Dimanche 26 – Cette nouvelle journée est également donnée pour être calme du point de vue météo. Nous en profitons donc pour effectuer notre visite guidée de l’ile… un incontournable que nous nous étions fixés avant de reprendre l’océan.
09h15 –Nous partons en annexe jusqu’à la « caleta » où nous avons rendez-vous avec Patrice, notre guide français (Breton, s’il vous plait), marin à voile, installé depuis 40 ans sur l’ile.
Plusieurs barques de pêcheurs sont abritées là. Nous nous amarrons à l’une d’entre elles avec l’autorisation de son propriétaire. Et la journée démarre.
Le site d’Anakena sur la côte nord, est l’un des plus emblématiques de l’ile puisqu’il s’agit de la baie où les premiers polynésiens, plusieurs dizaines, ont débarqué (vers 1200). Venant d’une ile appelée Hiva, ils naviguaient sur deux bateaux à deux coques (sorte de catamarans), leur roi Hotu Matu’a sur l’un, leur reine Vakai a Heva, sur l’autre. Ils s’installèrent là avant d’occuper, progressivement, l’ile entière. À l’époque, l’ile était très boisée. Chaque année une cérémonie célèbre leur arrivée. Leur langue, le Rapa Nui, est toujours celle qui est pratiquée ici par les autochtones.
Sur ce site comme sur les autres, les Moaï, retrouvés couchés, ont été redressés assez récemment (durant ces soixante dernières années pour l’ensemble des sites restaurés). Outre l’un d’entre eux qui est isolé, les 7 autres sont parfaitement alignés sur une base appelée autel. Représentations d’ancêtres, coiffés ou non de leurs chignons, hauts de 4 à 10 mètres en moyenne, ils regardent vers l’intérieur de l’ile afin de protéger leurs descendants. Tous ont perdu leurs yeux, élément fondamental qui les rendaient vivants. Un seul de ces yeux a été retrouvé durant les fouilles.
L’endroit est splendide avec sa belle petite plage de sable blanc en contre-bas. Aujourd’hui, des cocotiers ornent la pelouse impeccable de la partie haute.
Le deuxième site visité, Ahu Akivi, est le seul dont les Moaï, ils sont sept, regardent vers l’océan. Dans leur axe se trouve un autre Moaï qui désignerait la direction de la fameuse ile d’origine, Hiva (Marquises, semble-t-il). Le soleil se retrouve dans cet axe à chaque solstice, démontrant les connaissances astronomiques bien connues des polynésiens.
Le troisième site, côte ouest, Ahu Vai Uri, à proximité du village, compte cinq Moaï à proximité immédiate de l’océan, auquel ils tournent le dos. Un peu décalé, un autre, Ahu Tahai, vit sa vie, seul. À Proximité, un moaï restauré, Ahu Ko Te Riku avec des yeux blancs et un pukao (coiffe rouge).
À l’entrée du site Patrice nous fait remarquer une maison « bateau » en matériaux naturels. Comme une coque à l’envers.
Ensuite, version pratico-pratique, Patrice nous fait découvrir, quelques lieux stratégiques du village, dont les magasins les mieux achalandés pour l’avitaillement. Nous en profitons pour faire quelques courses, bidons d’eau, fruits et légumes, farine blanche et intégrale… Une des dimensions essentielles avant de reprendre notre périple. Merci à lui.
La découverte suivante est celle du volcan Rano Kau situé à la pointe sud-ouest de l’ile et de son cratère parfaitement formé et plein d’eau sur laquelle surnagent des roseaux. Outre le spectacle lui-même, ce lieu est historiquement très spécifique. À une certaine époque, c’est du haut de cette montagne, que s’élançaient, chaque année, les Hommes-oiseaux (compétiteurs des différents groupes humains) parmi lesquels le vainqueur serait désigné « Roi de Rapa Nui » pour un an. Il leur fallait, descendre la pente du volcan, nager jusqu’à une ile à relative proximité de la côte dans un océan agité, trouver un œuf de sterne qu’ils attachaient avec un tissu, sur leur front et le rapporter intact. Très, très rude épreuve. Par ce procédé, il s’agissait d’éviter les agressions entre groupes. Pour accompagner la compétition, un village entier, Orongo, fait de maisons ultrabasses en pierres sèches avec toiture végétale, avait été construit sur place.
Avant dernier site, nous repassons saluer les quinze Moaï d’Hotuiti, que nous avions eu l’occasion de découvrir par nos propres moyens alors que nous étions au mouillage dans la baie (pointe sud-est). Nous sommes seuls. Sur fond d’océan et de ciel bleu, les Moaï sont mis en valeur par la douce lumière solaire. La quasi pleine lune, juste au-dessus d’eux, apporte la touche finale. Comme un clin d’œil.
Nous bouclons notre journée par le site de la carrière d’extraction des Moaï sur le flan du volcan situé à l’Est de l’ile, Rano Raraku. Debouts, couchés, en cours d’extraction, entiers ou cassés, ils sont ici très nombreux. Une vraie procession. Découpés à l’horizontal à flanc de volcan, ils étaient ensuite descendus, non finis, un peu plus bas. Là, ils étaient terminés, à l’exception des yeux qui leur donnaient vie et n’étaient posés qu’une fois installés sur leur lieu de destination.
Pesant plusieurs tonnes voire dizaines de tonnes (jusqu’à 80), la question de leur transport sur des distances pouvant représenter jusqu’à 20 ou 25 kilomètres, fait encore débat. La tradition orale évoque la « marche des Moaï », ce qui accrédite la thèse d’un transport « debout », plusieurs cordages permettant de les déplacer en appui sur un des angles de leur base puis sur un autre en gagnant à chaque fois quelques dizaines de centimètres. Sacré travail. Cette théorie a été développée par deux archéologues américains, Terry Hunt et Carl Lipo, qui l’ont expérimentée concrètement en 2011. Cette théorie s’oppose à d’autres plus anciennes qui envisageaient un transport horizontal, à plat sur des rondins de bois.
Ce site d’extraction couronne une journée particulièrement riche en découvertes.
17h – Récupération, non sans mal de l’annexe. Ne parvenant pas à rapprocher suffisamment la barque sur laquelle elle est amarrée, sur proposition de Cécile, je monte sur celle, accessible, située à l’autre extrémité de la caleta puis chemine, en équilibre instable, de barque en barque jusqu’à celle de l’annexe. Gagné.
Une fois chargés, les courses, le potiron et les bananes que nous offre Patrice, une fois les « adieux » faits, retour à bord de Soa, juste à temps pour le coucher de soleil.
Érudit et attentif, Patrice s’est montré un guide d’exception. Nous avons grâce à lui découvert et appris vraiment beaucoup dans une relation facile et chaleureuse. On ne pouvait trouver meilleur guide. En marge, nous avons échangé avec bonheur sur nos expériences respectives de mer. Patrice a beaucoup navigué dans de nombreux endroits du monde dont la Polynésie. Depuis notre arrivée, il nous a très bien conseillé sur les mouillages à privilégier en fonction de la météo. Un vrai plus.
Superbe journée.
Lundi 27 juillet au dimanche 2 août 2026 – Rapa Nui
Lundi 27 – Après une deuxième partie de nuit agitée (houle d’au moins 2m), la journée est à l’identique.
Nous vaquons. Cécile fait du pain, je rince le réservoir d’eau de boisson, nous sortons une nouvelle couette pour contrer la fraicheur nocturne, j’écris…
Mardi 28 au jeudi 31
Nous nous attaquons aux formalités de sortie et aux dernières courses, largement aidés en cela par Erwan, autre marin français installé à Rapa Nui depuis plusieurs années. Son aide nous est très précieuse notamment en termes de déplacement et de traduction, les demandes de l’immigration n’étant pas toujours cl aires.
Nous finissons de préparer Soa en vue du départ.
Vendredi 31 – Après une nuit remuante, nous rejouons la séquence du lendemain de notre arrivée à Rapa Nuit. Lever tôt, cap sur la baie d’Hanga Roa où nous avons rendez-vous avec les autorités pour pouvoir, cette fois, faire les papiers de sortie et partir en règle.
Arrivés à proximité de Soa à 10h30 pétantes à bord de leur gros gonflables, ils sont repartis à 10h40, aucun d’entre eux n’ayant voulu prendre le risque de monter à bord. À leur décharge, la mer était forte.
Avant cela, Erwan (encore merci à lui) était passé régler la seule chose qui nous était demandée financièrement, l’équivalent de 20 €. In fine 10 € auront suffi. Loin, très, très loin du traitement des Galapagos !!!
À noter :
- Armada chilienne Rapa Nui – Whatsapp +56 9 4041 5339) – Assistance cbyradio@dgtm.cl
- Patrice – marin Breton et guide vivant sur l’ile depuis 30 ans – Whatsapp +56944051269
- Erwan – marin Breton et guide vivant sur l’ile – Whatsapp +56 9 82 90 77 92