Au fil de l’eau, carnet n° 4 – 06/02/2019 CANARIES – CAP VERT

Au fil de l’eau, carnet n°4 – 06/02/2019

« Il n’y a pas d’endroit où l’on peut respirer plus librement que sur le pont d’un navire » Elsa Triolet

Jeudi 10 janvier 2019 – San Miguel – Canaries / départ 16h30 pour le Cap Vert

Après une nuit en « quinconce » du fait de l’arrivée nocturne de Charles, nous entamons la matinée (Ophélie et moi surtout), calmement. Un bon petit déjeuner est indispensable pour engager sérieusement les préparatifs de départ vers le Cap Vert.

Pour mémoire la distance Canaries – Cap Vert est de l’ordre de 850 milles, soit une demi transat vers le Brésil (1600 milles) ou un gros tiers de transat vers Trinidad et Tobago (2200 milles). A tous niveaux, un bon banc d’essai.

Après avoir adressé la déclaration de notre départ au CROSS GRIS-NEZ (centre de recherche et d’organisation des secours qui coordonne le suivi des traversées), après avoir adressé les fiches médicales et le contenu de la dotation pharmaceutique au CHU de Toulouse (chargé des consultations à distance via le téléphone satellitaire), je peux attaquer l’installation de l’hydrogénérateur (un appareil dont l’hélice plongée dans l’eau est entrainée par le déplacement du bateau et qui produit de l’électricité), le changement de la pile de la loupiotte de la perche IOR (engin flottant de repérage en cas d’homme – ou de femme – à la mer avec un feu en haut) et diverses autres bricoles.

Afin d’entamer notre périple dans les meilleures conditions possibles (et de ne pas piocher dans nos réserves), nous nous offrons un excellent repas dans l’un des très nombreux restaurants du coin. Poissons et fruits de mer pour Daniel et moi, poulet en sauce pour Charles (Ophélie est repartie à Santa Cruz). Le tout, très bien.

16h15. Nous décollons du ponton par un assez fort vent de travers (heureusement, j’ai fait beaucoup de progrès dans les manœuvres). C’est donc parti pour sept à dix jours de mer suivant les conditions que nous rencontrerons. La météo est assez fluctuante dans ses prévisions, de cinq à quinze/vingt nœuds sur les trois premiers jours.

Minuit. Mon premier quart. Tenerife dont le halo des lumières est encore visible, s’éloigne lentement. Après l’incursion africaine du Maroc, nous quittons tout à la fois l’Espagne et l’Europe. Définitivement cette fois.

Le vent est irrégulier et globalement faible. Nous nous trainons entre 1,5 et 3,5 nœuds. Une pointe à 4 de temps en temps est un enchantement. La houle, qui va plus vite que nous, cogne et résonne sous la jupe arrière. Un bruit sourd peu agréable. L’écoute de génois et le génois lui-même, se promènent. Le laisser à poste, le rouler ? Une question récurrente dans ce type de situation. La lune dans sa version nouvelle, a accompagné notre début de nuit. Elle a maintenant disparu. Le ciel est pavé d’étoiles…

Vendredi 11 janvier 2019 – Premier jour Canaries – Cap Vert

En fin de nuit, nous avons fait une nouvelle tentative à la voile, sans succès. Le moteur a repris du service. Pas nos conditions préférées mais, faire du sur place n’est pas franchement agréable non plus.

Le fichier GRIB (nom d’un type de fichier météo qui donne direction et force du vent) obtenu grâce au téléphone satellitaire confirme l’absence de vent sur une large zone, notamment celle où nous sommes et celle vers laquelle nous nous dirigeons. Idem pour les trois jours suivants. A l’inverse, une zone parallèle à la côte semble mieux (moins mal ?) dotée. Nous faisons le choix d’infléchir notre trajectoire, quitte à nous rallonger. Du cap 220° sur lequel nous étions (sud/ouest), nous passons au 180°, plein sud donc. Cette option devrait nous permettre de toucher du vent à compter de la fin de journée… Inch’ Allah, comme disent certains.

Toute terre a disparu de notre regard. La « mer » nous entoure tel un cercle dont nous serions le centre. Son bleu métallique intense est identique à celui de la Méditerranée. Étonnant pour le rochelais que je suis. Le baromètre qui côtoyait les 1025 Hp il y a quelques jours, est désormais à 1016 Hp. Les nuages qui parsèment le ciel n’empêchent pas le soleil de briller très largement.

Côté sustentation, salade de tomates/thon en entrée, poivrons rouges et verts pour accompagner les excellents boudins achetés à Santa Cruz, kiwis… Un petit coup de rouge (apporté par Charles) pour accompagner l’ensemble et le tour du déjeuner est joué. La sieste, totalement indispensable et réparatrice, se fait ensuite à tour de rôle. Je suis rarement le dernier !

18h30. Le soleil vient de se coucher. Nous sommes ses fidèles admirateurs. Nous avons remis les voiles depuis maintenant une heure. Le vent a tourné et forci, nous sommes désormais au près à 5/6 nœuds. Bien. D’après le fichier météo téléchargé ce matin, il devrait se maintenir pendant la nuit. Nous en sommes (ou en serions) très heureux.

Samedi 12 janvier 2019 – Deuxième jour Canaries – Cap Vert

03h00. Nuit noire. Nous avons le double des dix nœuds de vent annoncés. On ne va pas s’en plaindre. Soa trace sa route autour de sept nœuds, ce qui est évidemment très appréciable. Nous faisons cap au 190°, encore loin de la route directe pour Mindelo, mais nous nous en rapprochons néanmoins (133 miles parcourus, 670 milles restants). A cette vitesse, l’hydrogénérateur remplit parfaitement son rôle puisque le solde électrique instantané est positif de 5 Ah et ce, malgré le pilote très sollicité, les instruments, les feux, le frigo….

Quart de nuit, qu’est-ce que cela représente ? Rester éveillé tout d’abord, ce qui n’est pas toujours le plus simple. Dans ce domaine, au-delà des actions liées au bateau, chacun ses préférences. Certains barrent, d’autres lisent, tapent à l’ordinateur, mangent… Les incontournables relèvent de la surveillance et de la conduite du bateau. Faire le point, surveiller le cap, surveiller les éventuels autres bateaux, remplir le journal de bord (avant chaque changement de quart). La question des voiles est essentielle. Il est nécessaire de les adapter en fonction de l’intensité et de l’angle du vent, ce qui conduit à gérer la surface la plus adéquate de toile… Et puis, reprendre un bout qui cogne, lover les cordages… Ça ne manque pas. Une autre constante est celle de la gestion de son propre équilibre (tenir debout ou assis). Pas toujours facile lorsque la gite et les mouvements du bateau sont prononcés et hiératiques. Au-delà de ça, la dimension contemplative, étoiles et voie lactée, lune lorsqu’elle est présente, en croissant, en quart, en demi… dauphins parfois, apparition du jour et lever de soleil le matin, eaux sombres qui défilent, parsemées parfois de plancton luminescent…

16h30. Durant ces deux jours pleins de navigation nous avons effectué précisément 200 milles. Pas fabuleux mais très correct au vu du vent. Pour l’heure nous sommes sous spi seul, autour de 4,5/5 nœuds. La mer est belle, le soleil brille encore largement. Depuis notre départ nous n’aurons vu qu’un seul bateau ou, plus exactement, que ses lumières, et de très loin.

Cet après-midi, après beaucoup d’interrogations, nous avons monté notre première canne de traîne. Moulinet au-dessus ou en-dessous ? Fil passant de quel côté des petites poulies situées le long de la canne ? Une forme de tâtonnement très expérimental. Il va maintenant falloir trouver le bon leurre à mettre au bout et l’attacher. Nos compétences dans ce domaine ne sont même pas embryonnaires, pas un pour rattraper l’autre. Il y a du boulot avant de manger du poisson !

Dimanche 13 janvier 2019 – Troisième jour Canaries – Cap Vert

04h30. Histoire d’inaugurer mon quart et de soulager le pilote, je viens de barrer une heure trente. La mer est quasi d’huile, le vent régulier en force et en direction (trois quarts arrière, 9 à 11 nœuds), nous progressons autour de 4,5 nœuds. La nuit, encore un peu fraîche, est constellée d’étoiles, ce qui la rend quelque peu lumineuse. Un spectacle grandiose que l’on ne peut observer que dans des lieux totalement dépourvus de lumière, comme celui où nous nous trouvons. Le plancton nous gratifie de ses bulles lumineuses au gré des remous créés par Soa. Les gargouillis de l’eau qui glisse le long de la coque, nous accompagnent et nous bercent.

08h00. Réveillés par Daniel, nous sommes tous les trois dans le cockpit pour assister au lever de soleil. Féru de maths, il avait calculé l’heure à la minute près, cosinus compris. Impressionnant !  La mer est belle et calme, l’horizon parfaitement dégagé. L’orangé du ciel s’est progressivement intensifié. Le sommet de la boule rouge, porteuse de vie et de lumière, apparait. Elle est bientôt pleinement visible. Moment magique, vision magnifique. A Mayotte, souvent, j’ai assisté aux levers de soleil depuis la terrasse de la maison de Koungou…

La journée s’est passée très tranquillement. Cuisinées par Charles pour le déjeuner, les courgettes, bien relevées, ont parfaitement accompagné le poulet cuit que nous avions emporté. Au dessert nous avons « moucaté » (moqué en créole réunionnais) Daniel. Pas en pleine forme durant les deux premiers jours, il s’était gentiment approprié (avec notre tacite accord) un paquet de petites galettes croustillantes appréciées de tous. Il lui en restait deux. Par jeu, Charles et moi les réclamions à cors et à cris depuis la veille… sans succès. Daniel nous a dit : « Ces galettes sont mon remède contre le mal de mer. Je souhaite donc les garder pour mes quarts à venir. Par contre si vous voulez de la « cocculine », je vous en donne autant que vous voulez… ». Éclat de rire général ! A cet instant-là, il ne savait pas que nous en avions d’autres. Au moment du café, alors qu’il se trempait les pieds, assis (et attaché) sur la jupe arrière, Charles et moi avons mangé chacun une galette. Durant un court instant, Daniel a cru que nous avions trouvé les siennes. Par charité et surtout pour lever toute ambiguïté, nous lui avons tendu le nouveau paquet… Autre moment de franche rigolade.

L’absence de connexion et donc de téléphone et d’Internet (à l’exception, via l’Iridium, d’un seul et unique envoi pour la consultation quotidienne de la météo et d’éventuels SMS) procure beaucoup de temps libre. J’en profite pour synthétiser les documents concernant le Cap Vert. J’en avais enregistré un assez grand nombre au fil du temps ce qui, au jour d’aujourd’hui, s’avère très utile. Nous atterrirons à Mindelo, une des trois « portes d’entrée » de l’archipel pour ce qui est de l’immigration et des visas. Ile du nord de l’archipel parmi d’autres, elle est réputée pour être la plus vivante et la plus animée de toutes. Sal, caractérisée par son tourisme de masse, parait beaucoup moins engageante même si les plages sont, parait-il, magnifiques.

20h00. Le soleil vient de se coucher. Ses allers et venues scandent nos journées. Délicatement nimbé, il était étrangement irréel. Nous avons fait force photos (voir Facbook)…

Accompagnée de croutons et de gruyère râpé, la soupe « Thaï » de chez Knorr nous a régalés (la meilleure de celles que nous avons mangées jusque-là). Tout comme nous ont régalé les excellents fromages (morbier, vieux comté…) et le vin, apportés par Charles. Petits plaisirs simples qui prennent une toute autre valeur en mer. Après cela, nous sommes parés pour aborder notre quatrième nuit de navigation.

Lundi 14 janvier 2019 – Quatrième jour Canaries – Cap Vert

05h00. Cela fait une heure que Charles et moi avons troqué la grand-voile au moteur. Il tournait depuis plusieurs heures. Un peu casse-pieds. Le vent réel est, en moyenne, de 8 nœuds desquels il faut retrancher le vent créé par notre déplacement, compte tenu du fait que nous le recevons par l’arrière. Il en résulte un vent apparent (celui qui nous propulse vraiment) d’à peine 5,5 à 6 nœuds, une misère. La vitesse de notre déplacement affichée par le GPS est de 2,5 à 3 nœuds ce qui fait très peu mais constitue néanmoins un ratio très intéressant (vitesse du vents / vitesse du bateau). En prime, le silence retrouvé.

Orion et ses trois astres alignés nous guide sur tribord. La Grande Ours est sur notre arrière. Le nord qu’elle nous désigne, s’éloigne petit à petit… Signe de cette progression vers le sud, la température a pris quelques degrés supplémentaires, nuit comprise (18°). L’eau, elle, est à 22°. Ce n’est pas encore ça, mais on progresse nettement !

06h00. Nous franchissons le Tropique du Cancer (parallèle 26° 23’).

Pour l’anecdote, une deuxième manivelle de winch passe par-dessus bord (la première avait été remplacée au Maroc).

En fin d’après-midi, nous dépassons la moitié de la distance qui nous séparait du Cap Vert. Nous en sommes désormais à moins de 400 milles nautiques (720 km environ). Cela, sur une route théorique en ligne droite, ce qui ne sera pas le cas. A cet instant, sous les quilles de Soa, il y a plus de 4000 m de profondeur… Archimède ne pousse néanmoins pas davantage.

Mardi 15 janvier 2019 – Cinquième jour Canaries – Cap Vert

05h00. Notre navire intercontinental file (même si pour l’heure, c’est un grand mot) dans la nuit. Je viens de barrer une heure, il fait doux, la mer est toujours belle. Nous attaquons notre cinquième jour de mer, seuls au monde (un deuxième bateau croisé depuis notre départ).

J’ai consacré une grosse partie de la journée d’hier à compulser les documents dont je dispose pour tenter de trancher la question de l’atterrissage de transat. Antilles, Trinidad et Tobago, Guyane française, Brésil… ? En partant du Cap-Vert, toutes les options sont ouvertes. La clé se trouve ailleurs. Dans le registre des données, mon souhait d’assister à un carnaval (ils se tiennent du 3 au 6 mars cette année), de visiter le Brésil, Trinidad et Tobago, de naviguer aux Antilles et jusqu’à Cuba au moins durant l’année à venir. Autres éléments, la contrainte d’assurance de Soa qui fait que je ne peux naviguer dans la zone cyclonique durant la période du même nom (du sud des Antilles jusqu’aux USA, de début juillet à fin octobre) ; les spécificités des vents et courants locaux ; les contraintes administratives liées aux personnes (visa) et au bateau. A cela, il convient d’ajouter, la volonté de rationaliser un tant soit peu les milles et parcours réalisés (viser les Antilles pour ensuite descendre au Brésil puis en remonter, multiplie considérablement les milles sachant que la distance entre Trinidad et Recife au Brésil est tout de même de 2000 milles.

J’ai regardé attentivement les recommandations de Jimmy Cornell concernant « Les routes de grandes croisières ». Les vents et courants y sont précisément définis en fonction des saisons. J’ai ensuite passé en revue tout ce dont je dispose concernant les pays, Brésil, Trinidad et Tobago, Guyane.

L’analyse et synthèse de ces différents éléments plaide pour une arrivée directe au Brésil, Recife ou Salvador de Bahia par exemple. Les documents compulsés font état d’un visa de 90 jours pour le Brésil (vifs remerciements à Amelcaramel, site admirable de grande navigation). Il est ou fut renouvelable, les avis à ce sujet sont contradictoires. Cela change évidemment beaucoup la donne. Avec 180 jours et une autorisation de présence au Brésil jusqu’à fin août, j’ai le temps de couvrir une plus grande distance et pourrais donc envisager de descendre plus au sud (Salvador par exemple). Avec 90 jours et une nécessité de quitter le territoire brésilien fin mai, Recife est un maximum envisageable (1400 milles depuis Recife pour quitter le Brésil et rejoindre Cayenne, soit quasi l’équivalent de la transat). Cette question des visas et de la durée de navigation autorisée est donc à éclaircir dès l’arrivée a Cap Vert.

Les vents et courants plaident, eux aussi, pour le Brésil puisque durant la période mars-septembre, ils portent vers le nord (fort courant dit de Guyane).

Restent plusieurs questions… celle des équipiers, vraisemblablement moins facile à solutionner au Brésil qu’aux Antilles ou en Guyane ; celle du carénage de Soa ; celle de la visite de Caroline et Inaya…

Construire son cheminement est une composante du voyage…

Anecdote. Les conditions de mer et d’eau chaude du bord s’y prêtant, en lieu et place de la toilette au gant, j’ai pris une douche. Un luxe en même temps qu’un vrai plaisir.

Curiosité. La route que nous suivons nous fait nous retrouver en un point du globe dont les coordonnées de latitude Nord et de longitude Ouest sont identiques, 21° 06′ 463’’. Si des points aux caractéristiques similaires existent en grand nombre (ils sont situés sur la bissectrice de l’Équateur et du Méridien de Greenwich qui indique le zéro du temps universel – TU), c’est la première fois que j’en rencontrais un.

Temporalité. Le GPS qui reçoit ses informations en direct des satellites, s’est mis à l’heure légale locale, soit moins une heure (12 h en France, 10 h au Cap-Vert). Il en sera ainsi régulièrement tout au long de notre cheminement vers l’ouest. Pour le reste de notre descente vers le Cap Vert, nous choisissons de rester à l’heure canarienne. Nous ajusterons une fois arrivés.

Mercredi 16 janvier 2019 – Sixième jour Canaries – Cap Vert

Les journées filent, nous ne les voyons pas passer. Aujourd’hui, j’ai trié les documents enregistrés sur mon ordinateur (cartes, articles, avis STW, données météo…) afin de les rassembler par dossiers. Préparatifs de transat, pays ou zones géographiques de navigation, documents utilisés journellement, avitaillement… Pour les pays : Brésil, Guyane, Trinidad et Tobago, Antilles, Cuba… Ces destinations me font rêver.

Pour un certain nombre d’équipages ayant fait la traversée de l’Atlantique, Trinidad et Tobago sont très appréciées. Accueil et prestations semblent de qualité. Le carnaval aussi. Cela fait longtemps que ces deux iles sont dans mes tablettes.

De son côté, la Guyane française (il y a Guyana pas loin) présente beaucoup d’avantages. Située également hors zone cyclonique, son statut de département fait qu’il n’y a pas de limite de temps pour y séjourner. Accessoirement, je pourrais y faire refaire ma carte d’identité… et trouver du fromage de chez nous (heureusement, mes coéquipiers m’en apportent régulièrement). Par ailleurs, je fais l’hypothèse qu’il me serait sans doute plus facile d’y trouver des équipiers qu’au Brésil. La question reste ouverte.

Pour nos repas du soir, la soupe (lyophilisée) s’est imposée. Le plus souvent, elle est abondamment saupoudrée de pas mal de gruyère râpé. Il nous « échappe » régulièrement de la main. Ça me rappelle mon enfance où j’en consommais un maximum. Fromages et yaourts – avec petit gâteau sec – sont parfaits pour finir. A deux jours de notre arrivée vraisemblable, l’avitaillement que nous avions fait se révèle pertinent et généreux. Il nous reste encore pas mal de produits frais, ce qui permet de manger agréablement et bien.

Alors que nous poursuivons notre route sous GV (grand-voile) seule, vers minuit, le bout qui maintien l’hydrogénérateur plongé dans l’eau, s’est cassé (son hélice tourne du fait du déplacement du bateau et produit du courant en 12 V). Installés sur la jupe, soigneusement harnachés et attachés, Charles et moi – avec le soutien actif de Daniel – le remplaçons. Et c’est reparti. Son apport électrique est précieux, tout particulièrement la nuit lorsque les panneaux solaires ne produisent pas.

Jeudi 17 janvier 2019 – Septième jour Canaries – Cap Vert

04h15. La lune, pâle et légèrement teintée de rouge, vient de se coucher. Le noir reprend ses droits. Vent arrière ou presque, ce qui n’est jamais confortable, nous filons à presque six nœuds de moyenne. La mer est formée et hachée. Nous sommes ballotés dans tous les sens. Le vent est établi entre 20 et 25 nœuds, conformément aux prévisions météo, cette fois. Quelques pointes nous rapprochent des 30 nœuds. A la suite de Charles qui l’avait fait durant son propre quart, j’ai barré durant les premiers trois quarts d’heure du mien. Pas facile du tout. Nous réduisons la surface de GV de presque deux tiers. Ça calme un peu les choses mais pas vraiment.

08h00. Je suis sur le pont au moment du lever de soleil. Nous empannons (changeons de côté du vent par l’arrière du bateau) et déroulons une partie de la trinquette. 20 à 25 nœuds toujours de vent réel à l’anémomètre et une houle courte et croisée d’environ trois mètres. Soa, gîté sur tribord, suit le mouvement… et nous avec. Ça tangue (avant/arrière) et roule (d’un bord sur l’autre) abondamment.

11h30. Suite à la requête envoyée une demi-heure plutôt, je viens de recevoir le fichier Grib du jour. Il confirme en tous points celui de la veille. Les 20 à 25 nœuds de vent nous accompagneront jusqu’à notre arrivée (raisonnablement, nous l’estimons à demain vendredi sachant qu’il nous reste 110 milles à parcourir). Le confort des six premiers jours appartient au passé.

En même temps que j’ai reçu le fichier météo, j’ai eu la réponse SMS de Caroline. Fabuleux, cette possibilité d’échanges à distance, loin de tout.

15h30. Nous franchissons la barre symbolique des 100 milles restants… on approche doucement mais sûrement.

Vendredi 18 janvier 2019 – Huitième jour Canaries – Cap Vert

03h00. Soa et les iles du Cap Vert sont désormais visibles sur une même page d’écran de la centrale de navigation. Une cinquantaine de milles nous en sépare désormais. Sans doute y arriverons-nous en fin de journée. La lune est encore haute, elle grossit chaque jour. Elle devrait être pleine sous peu. La houle ou plutôt les houles sont encore très présentes. Croisées, l’une d’entre-elle nous rattrape et soulève Soa par l’arrière (lorsqu’elle arrive, elle parait parfois plus haute que le portique auquel l’annexe est suspendue). L’autre, plus insidieuse, vient nous heurter par le travers dans un bruit mat parfois impressionnant. La secousse qui en résulte, ne l’est pas moins. Inconfortable évidemment.

08h00. Au matin de ce huitième jour, une fois le soleil levé, les iles nord du Cap Vert se devinent au loin.

10h30. Avant dernier empannage du voyage, avant de rejoindre Mindelo sur l’ile de Sao Vicente. Petit bout de GV et trinquette partiellement roulée, cinq nœuds au compteur de moyenne. Nous sommes désormais quasi parallèles à la houle dont les creux les plus prononcés sont au moins de quatre mètres. Ça monte et ça descend, ça tangue et ça roule toujours, abondamment.

13h00. Les réseaux sociaux nous rattrapent. Bouygues et les autres annoncent leurs tarifs. Tous aussi prohibitifs les uns que les autres (par association d’idée, même combat pour les banques généralistes à l’étranger). Free reste le moins cher, ce qui est néanmoins très relatif. Partant de là, une seule règle, éviter de s’en servir. Les solutions consistent à utiliser les connexions Wifi à terre (capitainerie, restaurants, Alliance française…) ou à prendre une carte SIM du pays, prépayée et sans engagement. Pour quelques euros, cette formule donne beaucoup de liberté. Elle permet de disposer d’un accès Internet 4G, d’utiliser WhatsApp ou Skype, d’envoyer SMS et MMS… et même de téléphoner. Un comble.

15h30. Dernier empannage juste avant de buter sur les falaises abruptes de l’ile de Santo Antao que nous laisserons sur tribord (droite). Sao Vicente est sur bâbord (gauche). Perdus dans une brume légère, les reliefs de l’une se disputent le titre de champion avec ceux de l’autre. Les similitudes avec les iles des Canaries sont frappantes. Une sorte de copie conforme mille cinq cents kilomètres plus au Sud.

18h00. Mindelo. Nous sommes amarrés dans le port de plaisance. Nous redevenons terriens. Nous reculons les pendules d’une heure, soit, désormais et pour rappel, deux heures de moins qu’en France.

Plaisir d’arriver, quasi regrets que ce soit fini.

Samedi 19 janvier 2019

Nous consacrons la journée à la découverte des lieux. Il fait beau et bon. Short et t-shirt sont de mise malgré le vent qui continue à souffler fort. L’empreinte du Portugal reste très présente, maisons, couleurs vives des façades, pavages de nombre de rues, sculptures, places, église… Le marché central aux légumes est splendide. Solide bâtisse rectangulaire, les marchands sont au rez-de-chaussée. A l’étage, une coursive fait le tour du bâtiment et offre une vue toute en profondeur des marchands. Superbe perspective sur les étals qui regorgent de fruits et légumes en tous genres. Un peu plus loin, une très belle et très grande demeure ancienne abrite ce qui semble être une exposition d’arts. Nous y jetons un œil, la visite sera pour plus tard. L’Alliance française, très active parait-il, a pignon sur rue dans l’artère principale. La ville est propre et accueillante, elle respire le calme. Les voitures s’arrêtent aux passages piétons…

A midi, nous optons pour un minuscule restaurant local. Plusieurs sont au coude à coude autour d’un petit bâtiment circulaire au milieu d’une grande place. Les deux ou trois plats proposés sont à 200 escudos (environ 2 €). Pas de chichi, ici, mais du solide et du consistant très acceptable, même pour nos palais exigeants. Poisson ou poulet, riz, légumes cuits à l’étuvée… le tout agrémenté de « malaguette », l’huile pimentée locale. Désireux d’en avoir à bord, Daniel m’en offre un grand bocal. Il y a de quoi faire.

En fin de soirée, apéritif au Floating Bar, le bistrot de la marina (installée sur une plate-forme flottante). Mojitos et toasts font très bien l’affaire.

Dimanche 20 janvier 2019

Administration et bricolage… moult méls, grand nettoyage frigo ; changement pile, recentrage, et nettoyage de la gazinière, sciage du cadenas rouillé du moteur annexe, tentative de dé-grippage des serrures de la soute avant…

En vue du départ de Charles demain, nous nous offrons un bon restaurant, juste en face de la marina. Repas copieux et de qualité à des prix attractifs pour nous, élevés pour la Cap Vert (salaire minimum aux alentours de 200 €). Accompagnée d’un guitariste, une jeune chanteuse à la voix agréable, égrène le répertoire de Césaria Evora, enfant incontournable du pays dont les cap-verdiens disent « qu’elle les a sortis de l’oubli ». Bien sympathique.

Lundi 21 janvier 2019

N’ayant pu faire les formalités d’entrée avant, les bureaux sont fermés pendant le week-end, Charles et moi nous y rendons de relativement bonne heure. Les policiers parlent français. Tout se fait assez rapidement. Les papiers du bateau sont conservés par les autorités jusqu’à notre départ.

Après onze jours passés à bord, Charles repart en France. Notre équipée avec Daniel et lui, a été plus qu’agréable. Une sorte de connivence s’est rapidement et agréablement installée. Une vraie équipe… pour cet équipage.

Ce lundi étant veille de fête locale, un concert est donné sur la place principale. La foule est calme, l’ambiance paisible.

Mardi 22 janvier 2019

Cela fait six mois aujourd’hui que Soa et moi avons quitté La Rochelle. Six mois déjà. Six mois de pérégrination et de découvertes. Tant de choses vues et vécues, tant de rencontres, d’échanges…

Pour fêter ça, en soirée, le Mindelo Samba a la très bonne idée de nous offrir une répétition. Le band est composé d’une cinquantaine de personnes. C’est la première fois que j’assiste à une répétition de ce genre. Le volume sonore est très élevé, les basses omniprésentes. Quasi que des percussions. Gros et petits tambours se côtoient avec chacun sa partition. Si le jeu individuel des musiciens n’est pas forcément complexe, la coordination de tous que cela implique, est impressionnante. Le chef joue du sifflet et d’une gestuelle très expressive. Le tout, au doigt et à l’œil, en plus du sifflet. Très agréable et authentique moment.

Mercredi 23 janvier 2019

La transat est plus que jamais en ligne de mire. La préparation de Soa se poursuit activement. Un classique pour les bateaux en escale à Mindelo (nos voisins de ponton sont atteints de la même maladie). Toutes les optimisations possibles sont réalisées : changement du joint défectueux du frigo, renforcement du fond de tiroir de la poubelle, renforcement de la fixation du siège central de coursive, ponçage et traitement de la table de cockpit et des sièges de balcons arrières…

Côté avitaillement, il se confirme que nous avons bien fait de réaliser tous les achats non frais aux Canaries tant l’offre locale est restreinte. Les deux plus grands supermarchés se résument à sept ou huit rayons. N’importe lequel de nos « Carrefour Market » du coin de la rue de chez nous est trois fois plus grand. Viandes et charcuteries sont quasi absentes. Pâtisseries aussi ou presque. Le pain n’en est pas, tant il est insipide et sans consistance. Vrai bon point par contre, des yaourts qui n’ont pas besoin d’être conservés au réfrigérateur et dont le goût est très correct. Par contre, les fruits et légumes sont partout, au marché central, dans plusieurs autres petits marchés couverts disséminés dans la ville, dans les rues…

Le « grog », rhum local tant vanté, est très fort mais guère parfumé. Je n’en achèterai pas. Peu parfumés aussi, les rhums arrangés sont doux. Seul celui au café a caressé agréablement mon palais. J’en prends une bouteille.

Jeudi 24 et vendredi 25 janvier 2019

Nous faisons un tour au marché aux poissons que nous n’avions pas encore vu. Installé dans une grande halle couverte et fermée, il est à deux pas du bateau. Variée et conséquente, l’offre est alléchante. Nous y verrons même des pouces-pieds à… cinq euros le kilo. Très, très loin des soixante-dix euros que nous avons pu observer dans certains coins d’Espagne et du Portugal.

Samedi 26 janvier 2019

Sur les recommandations d’un voisin de ponton, je pars à la recherche, quasi matinale, de ce qu’il considère comme LA boulangerie de Mindelo. J’achète deux boules au maïs qui ont très bonne mine ainsi que quatre pasteis de nata. Histoire de voir.

Daniel prend l’avion, mon ami Marc en descend. Il y a quelques années que nous ne nous sommes vus et c’est un grand plaisir que celui de se retrouver après les années communes de travail à Alger.

En plus d’une bouteille de champagne, il est arrivé le sac plein de fromages ayant goût et caractère (pour dire cela, j’utilise habituellement une formule qui n’est pas reproductible ici). Je m’en pourlèche les « ballots », babines en patois charentais, par avance.

Un tour de ville plus loin, nous prenons une bière au bistrot de l’Alliance française. La décoration à base de bois brut et de palettes est originale et sympa. Le décalage horaire aidant, Marc à faim. Nous prenons une assiette de poisson chacun… il est 16h30. Pas d’heure pour les braves !

Au retour, nous découvrons un ring monté sur la place principale. Plusieurs combats amateurs de boxe se succèdent. Difficilement imaginable en France. Vu ce qu’ils prennent et se donnent comme coups, je préfère que ce soit eux que moi.

En toute fin d’après-midi, alors que nous sommes revenus à bord, nous entendons les roulements de tambours du groupe de samba. Nous y allons voir. C’est un autre band qui s’entraîne. Même sonorité, même volume… dépaysant et quasi envoutant.

Anecdote. En quittant le ponton de la marina, nous croisons un trio d’anglais ronds comme des queux de pelles. Ils sont fermement soutenus par un marinero local… Ainsi va parfois la dure vie de marins…

Dimanche 27 janvier 2019

Marc envisageait de faire une soupe de poissons… La halle est fermée, ce sera pour plus tard.

L’après-midi est consacré au nettoyage de la partie accessible de la coque (autour de la ligne de flottaison), la verdure ayant commencé à y prendre ses aises. Marc, bien moins frileux que moi, se met carrément à l’eau pour le faire. De mon côté, je préfère le support de l’annexe.

Lundi 28 – mardi 29 janvier 2019

Le vent est nul, ce qui est conforme aux prévisions et très rare ici. Nous en profitons pour changer la drosse d’enroulement de la GV qui nous a lâché juste avant d’arriver à Mindelo. Compte tenu des signes d’usure observés, j’avais acheté un bout de remplacement en Espagne. Notre tâtonnement à Marc et à moi, pour y parvenir, nous a donné quelques sueurs froides. Le tout est remonté…

Mardi 29 janvier 2019

En prévision de la balade locale que nous envisageons de faire (approcher les deux iles les plus proches dont Santa Antao), nous faisons les courses en conséquence. Légumes et fruits, pain (on a fini par en trouver du bon), yaourts longue conservation qui n’ont pas besoin d’être conservés au réfrigérateur (et sont néanmoins très goûteux)… et poissons frais pour la soupe. En complément, nous prenons du thon à manger cru.

Marc fait une grande cocotte de soupe : poissons, légumes, herbes… elle se révélera excellente.

Le reste de la journée est consacrée au bricolage : pitons à œil changés (relevage de l’annexe), ponçage et traitement à l’huile de la table de cockpit et des sièges de balcons arrière, pleins d’eau… L’eau est ici une denrée rare. Elle est de ce fait payante ce qui ne parait pas anormal et ce d’autant que le prix demandé est très raisonnable (2 € les 100 litres).

Nous quittons le ponton en toute fin d’après-midi pour nous mettre au mouillage quelques centaines de mètres plus loin. L’espace étant compté à cet endroit (autres bateaux au mouillage, épaves diverses…) nous sommes en toute proximité de deux vieux remorqueurs à l’abandon et d’un très beaux trois mats anciens. Le vent est assez fort. Il montera de manière continue durant les heures suivantes. Ma nuit est de ce fait quelque peu saucissonnée…

Mercredi 30 janvier 2019

Le vent est toujours très en forme avec des sautes impressionnantes faisant couramment passer l’anémomètre de quinze ou vingt nœuds a plus de trente. Il nous a dissuadé de bouger. En soirée, nous enregistrons une pointe à 42 nœuds. Tout comme les autres voiliers, Soa se promène.

Nous en profitons pour poursuivre le bricolage : pause de filets anti-évasion de manivelles de winch, re-fixation d’une des antennes de l’arceau arrière, deuxième couche d’huile sur la table de cockpit… rangement pour faire de la place à nos futurs achats de produits frais, la journée passe très vite.

Le carpaccio de thon du midi nous a régalé, tout comme la soupe de poissons toujours excellente.

Durant l’après-midi, je fais un saut chez le coiffeur. La quatrième coupe depuis mon départ. Le coiffeur est méticuleux, il coupe, recoupe, recoupe encore, passant dix fois au même endroit. A l’arrivée, plus grand-chose sur les côtés et… un trou sur le sommet du crâne. Heureusement, ça repousse.

Anecdote. Je me sépare, dans la douleur, de mon fidèle sac à dos de voyage. Depuis presque quinze ans, lui et moi avons parcouru des centaines de milliers de kilomètres dans les airs… Son état de fatigue m’oblige à m’en séparer…

Jeudi 31 janvier 2019

La nuit a été plus calme quant au vent. Les batteries font des leurs, l’intensité baisse en dessous de 11 V, ce qui est évidemment bien trop peu. Une première recharge d’une heure (22-23 h) les remet à flot (13 V) …  jusqu’à 8 heures ce matin où elles ont redégringolé au même niveau que la veille. Nous avions eu les mêmes difficultés en descendant des Canaries. Les conditions de mer n’étant pas très bonnes, l’hydrogénérateur pas toujours bien calé à la verticale (Daniel et moi y avons remédié depuis), le pilote très sollicité en permanence ou presque… nous avions plutôt pensé à un problème de charge.

Une conversation téléphonique avec le service de chez Pochon, nous les rechargeons de nouveau puis les testons une première fois une par une. 13,30 V, ce qui est parfait. Il faut ensuite attendre pour les tester de nouveau, ce que nous faisons. Aucun changement constaté. Cherchez l’erreur.

L’après-midi, histoire de permettre à Marc de découvrir Soa en navigation, nous partons pour Porto Novo sur l’ile toute proche de Santa Antao (12 milles). Au vu du vent des jours derniers et du fait que nous sommes protégés dans la baie du port, nous partons avec une voilure réduite (GV partiellement roulée et trinquette). Elle convient bien aux premiers milles parcourus et aux 15/20 nœuds de vent établis. Puis, après 20, ce fut 30 puis 40 avec une houle de 3 ou 4 mètres… A l’approche de Santa Antao, les rafales atteignent 50 nœuds. Malgré le fait que nous ayons réduit la trinquette en cours de route, Soa est difficile à tenir. Devant le terminal des ferries de Porto Novo, nous profitons du calme relatif de la surface de l’eau pour rentrer complétement la trinquette et réduire encore la GV. Le mouillage sur place n’étant pas envisageable, nous repartons pour Mindelo sous GV seule. Baptême des 50 nœuds pour Soa… qui bien qu’ardent à certains moments, s’est très bien comporté.

Vendredi 1er février 2019

Le mouillage que nous avions pris la veille en revenant de Porto Novo semble poser problème à un navire marchand accosté à une centaine de mètres. Contraints de bouger, nous décidons de rejoindre un ponton sans attendre le lendemain comme prévu. Quelques manœuvres plus loin nous sommes accostés. Pour le cas où un changement de batteries s’imposerait, nous avons fait le choix d’être sur un ponton par le côté et non sur une pendille avec l’avant ou l’arrière côté ponton.

Toujours en plein questionnement concernant les batteries, nous débrancherons la totalité du parc servitude (4 x 200 Ah) pour la nuit. 13,20 V le soir… 13,20 V le lendemain matin !!! Le mystère est entier mais les batteries en état semble-t-il.

Dans l’après-midi, je visite un Explorer 45 de chez Garcia. J’en ai déjà visité au Grand Pavois. Superbe bateau version très haut de gamme, ils ont été dessinés par le même cabinet d’architecture que Soa (Berret-Racoupeau) qui a repris, quasi à l’identique, mon plan d’aménagement de la partie centrale du bateau (salon de pont, cuisine, table à carte…). Pour les connaisseurs, c’est Jimmy Cornell qui en avait passé commande auprès de Garcia.

Le soir, nous sommes invités pour l’apéritif donné à bord. Les propriétaires ont quitté Paris et changé de vie à cinquante ans. Quinze ans plus tard, ils repartent vers la Polynésie avec leur nouveau bateau, le seizième de la série. A bord ce soir-là, un couple d’enseignants ayant travaillé à Mayotte. Moment sympa d’échange.

Samedi 2 février 2019

Valérie rejoint le bord. Nous poursuivons les préparatifs en tous genres. Le soir, mojito et caïpirinha pour fêter l’arrivée de mes nouvelles manivelles de winch (plaisanterie).

Dimanche 3 février 2019

Au vu de la météo des jours suivants, nous posons l’hypothèse d’un départ mardi dans la journée. Le retour de Michel Meulnet, notre routeur, confirme cette possibilité.

L’équipage désormais au complet, nous faisons un point précis des choses qui restent à faire puis, nous nous répartissons les tâches. Finalisation de la liste d’avitaillement autour de la table du carré, laverie pour le linge sale, moteur d’annexe à fixer sur son support de balcon, soute arrière à mettre en ordre, pleins d’eau, gazole… il y a de quoi faire.

Histoire de donner un peu d’air à mon téléphone et d’alimenter ultérieurement le site Internet en photos, nous transférons les 2952 photos qui s’y trouvent sur une clé USB puis un ordinateur. Le tri va être long !

Le Garcia 45’ prend la mer ainsi que le catamaran des enseignants de Mayotte. Destination… Recife.

Lundi 4 février 2019

La course aux préparatifs se poursuit, la tension (excitation ?) monte d’un cran. Police pour les passeports et les autres papiers, fixation des toiles antiroulis sur lesquelles j’ai fait coudre de la sangle pour pouvoir les amarrer sur les sommiers, déclaration de traversée au CROSS Gris-Nez et au CHU de Toulouse… avitaillement. C’est le challenge numéro « 1 » du jour, trouver et acheter les produits frais dont nous avons besoin sachant que l’offre est, pour ne pas dire plus, restreinte ; nettoyer fruits et légumes ; trouver une place pour tout.

Mardi 5 février 2019

L’hypothèse initiale de départ aujourd’hui s’avère peu envisageable, pas mal de choses restent à faire. Nous préférons prendre notre temps et décidons de reporter le départ au lendemain.

Mercredi 6 février 2019

Jour du grand départ. L’aventure, même si elle relative au vu du nombre important de bateaux de plaisance qui effectuent cette traversée chaque année, reste entière. Se projeter sur un océan à des centaines de kilomètres de toute terre ne laisse pas indifférent. Si le voyage ne débute avec cette traversée, il prend une toute autre dimension. Le rêve est à portée… il n’y a plus qu’à le vivre intensément.

Avant de partir, une pensée pour le Cap Vert. Superbe archipel dont la montagne et la mer constituent l’arrière-plan. Douceur de vivre, qualité de l’accueil, climat, groupes de samba… sans oublier une certaine Césaria dont il se dit que : « Grâce à sa musique, elle nous a sortis de l’oubli ».

A bientôt.

SOA / Didier

Cet article a 2 commentaires

  1. Passionnant le récit des traversées de Soa, on y ressent bien l’ambiance, j’ai l’impression d’y être. Merci pour cette navigation par procuration, en souhaitant pouvoir vous rejoindre sur les côtes américaines .
    Yannick

  2. Merci Yannick…
    Didier

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