Au fil de l’eau, carnet n°20 – ACORES – LORIENT – MAI – JUIN 2021

Au fil de l’eau, carnet n°20 – ACORES – LORIENT – MAI – JUIN 2021

« Pour être heureux dans la vie, il faut simplement laisser venir ce qui vient et laisser partir ce qui s’en va. » Paulo Coehlo

Résumé des épisodes précédents :

Au terme de plus d’une année passée quasi immobile aux Antilles, Soa a effectué une traversée à huit mains, Saint Martin – Açores (2500 milles) en vingt-trois jours.

Après deux semaines de jolies balades à Faial, Sao Jorge et Terceira, trois des iles du groupe central de l’archipel portugais que nous avons visitées, l’équipage, désormais réduit à quatre mains, celles d’Élisabeth et les miennes, reprend sa route vers la côte Atlantique française… avec Lorient en point de mire.

Vendredi 21 mai 2021 – Açores – France

Jour du départ.

Conformément à ce que nous avions décidé, nous entamons la matinée très calmement. Réveil sans contrainte horaire, copieux petit déjeuner (la brioche achetée la veille est excellente) précèdent le dernier acte des préparatifs de départ : téléchargement des fichiers Grib du matin, allumage des instruments de navigation, derniers messages vers les terriens ou marins immobiles…

Élisabeth file à la douche à l’autre bout du port…

10h30. Nous larguons les amarres et profitons du calme de l’immense avant-port de Praia do Vitoria pour ranger, amarres et pare-battages puis mettre l’hydrogénérateur à l’eau.

11h00. Nous établissons, grand-voile et génois en pleine surface. L’océan est calme, le soleil timide. Notre premier bord de près est engagé. Un groupe de gros oiseaux nous accompagne. Le vent est conforme en direction et en puissance, aux prévisions (NE/13 à 18 nœuds).

Mille trois cents milles de route théorique (ligne droite) nous attendent. Dix ou quinze jours de navigation sans doute. Toujours très difficile à prévoir.

12h00 UTC. Cet horaire, à la fois UTC et heure légale portugaise, sera notre point de référence quotidien pour le calcul de la distance parcourue en vingt-quatre heures.

  • 14h. Béatrice, 183x31x10 mètres, notre premier cargo… en route pour Terceira.

15h00. Ces premières heures, à l’image de notre départ de Saint Martin, se jouent tambour battant. Au près, nous suivons la route déterminée pour notre premier Waypoint. Ça démarre bien.

16h00. Première visite – assez rapide – de dauphins. Plusieurs ont suivi…

Histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes nous dinons d’une soupe « chinoise » agrémentée de nouilles de même origine. Un peu de fromage, un yaourt et hop, l’affaire est jouée.

20h30. Élisabeth prend le premier quart de deux heures.

22h30. Je prends la relève. Les quarts à deux imposent une alternance rapide ayant peu de rapport avec ceux d’un équipage à trois ou quatre. Ça permet de varier les plaisirs. Les temps de sommeil « à suivre » s’en ressentent. Après une petite baisse de régime, nous naviguons de nouveau entre 6,5 et 7 nœuds. À ce rythme, nous faisons du chemin. J’ai pris quelques degrés pour incurver, autant que possible compte tenu de la direction du vent, notre trajectoire vers le Nord. Toujours ça de gagné.

Samedi 22 mai 2021 – Açores – France (2ème jour – 1x24h)

08h00. La nuit a été un peu mouvementée du fait d’une augmentation de l’intensité du vent (vingt-cinq nœuds en moyenne) et de grains le faisant monter à trente-cinq nœuds. Nous avons réduit le génois puis, un peu plus tard, rentré un tiers de la grand-voile. Élisabeth étant moyennement en forme, j’ai dormi par unités de vingt minutes. La qualité du sommeil s’en ressent forcément…

  • 8h. Costanza 235x43x7mètres… en route pour les Açores.
  • 8h. Sakura Advance 170x27x10 mètres… en route pour les Açores.

Je petit-déjeune comme à mon habitude, naviguer le ventre vide n’est pas une bonne idée. Je reprends ensuite mes phases minimalistes de sommeil.

  • 9h. Madrid Spirit 285x44x10 mètres… en route pour les Açores.

11h00. Je me sens mieux. Le soleil est de sorti. La houle est formée (2/2,5m) et hachée, pas très agréable, mais pas bien le choix. Le vent s’étant un peu éteint, nous remettons du génois… que nous réduisons de nouveau un peu plus tard, pour déjeuner tranquilles… que nous redéroulons ensuite avant d’attaquer le sommeil réparateur du début d’après-midi. Je crois que certains appellent ça « sieste ».

16h30. L’équipage est réveillé. Le soleil nous accompagne. Nous naviguons toujours au près (45° vent réel) sur un cap Est-Nord-Est. Pas moyen de faire mieux pour l’instant. Point positif, l’océan est beaucoup plus calme et notre vitesse de déplacement toujours satisfaisante (6 nœuds en moyenne).

Après plusieurs visites dans la journée, les dauphins sont de retour… L’agitation de l’océan et les vagues d’étrave de Soa semblent les réjouir.

La soirée s’écoule tranquille… alors que la lune est déjà haute, nous bénéficions d’un beau coucher de soleil.

Les Grib, chargés ce soir, laissent envisager, après du vent plus fort et une houle plus creuse pour demain, un vrai trou d’air pour mardi et/ou mercredi.

19h00. Ayant diné tôt, je tire ma révérence…

  • 20h00. Prigipos 229x37x15 m en route pour la Turquie
  • 20h30. Siemprefico 27×7 m, en pêche

Position 12h UTC : 39°13N – 24°15W – Waypoint visé : M2 – 40°20N – 22°31W

Distance/24h : 137nm – Distance cumulée : 141nm – Moyenne journalière depuis départ : 137nm

Cent trente-sept milles pour ces premières vingt-quatre heures… Bien.

Dimanche 23 mai 2021 – Açores – France (3ème jour – 2x24h)

Minuit. Élisabeth, qui a repris du poil de la bête, m’a laissé dormir quasi cinq heures d’affilée. Merci à elle. Un sommeil très réparateur au vu de celui de la veille.

La lune est haute. Elle grossit nuit après nuit. Elle sera pleine sous peu.

L’océan est toujours très calme, le vent aussi (10/12 nœuds). Comme prévu il a adonné (changé de sens, mais dans le bon) ce qui nous permet de naviguer au travers, en direction d’un point intermédiaire que j’ai décrété en fonction de mes constats et des points proposés par Didier et Michel, mes routeurs à terre. Toutes voiles établies, nous sommes un peu au-dessus de 4 nœuds. Le minimum syndical.

Plusieurs navires, un gros bateau de pêche et des cargos, nous sont signalés par l’AIS. Un vrai boulevard. Le plus gros fait 367 mètres de long. Immense. Le Portugal et L’Espagne ne sont pas loin, le détroit de Gibraltar non plus. Ceci doit expliquer cela.

Didier m’informe que Louis, un de nos amis, s’est partiellement sectionné le pouce. Drôle d’affaire.

  • 01h00. Lundi Sentinelle 61x15x5 en route pour l’Europe
  • 01h00. Gudrun Maersk 367x42x13 m en route pour EGSUZ

02h00. Le vent ayant baissé, je remets de la toile puis entame une surveillance, toujours par phases de vingt minutes. Étant bâbord amure, je peux m’allonger confortablement sur la banquette du carré. De cet endroit stratégique, j’ai toute l’instrumentation du bord sous les yeux et je peux surveiller dehors. Un bonheur de confort. Nous naviguons porte de descente fermée pour conserver de la chaleur, il fait dix degrés dehors… sans parler du vent. La douceur des climats antillais est très, très loin, bien que nous soyons en mai. À ce sujet, même si je navigue pour l’essentiel en charentaises (dont je ne sais pas in fine si elles sont d’origine portugaise ou chinoise), j’ai renforcé très significativement la tenue de combat, sous-vêtements longs en haut et en bas, polaires et/ou doudoune en duvet version manches longues, bonnet en laine de chameau et… veste de quart (dernier cadeau de ma mère) que je n’ai mise, avant cela, qu’à de très rares occasions, fin 2018, début 2019 alors que Soa traînait son étrave entre Espagne et Portugal (modèle hauturier Décathlon, très bien fait et relativement pas chère). À ce rythme, elle devrait me faire encore, au moins, cinquante ans ! Moi, pas sûr…

  • 03h00. Esmeralda Tercero 20×5 m en pêche

C’est la première fois que j’observe des bateaux de pêche aussi loin au large et équipés d’AIS.

05h45. Je reprends un peu de génois au sens de le diminuer. Élisabeth, que j’avais laissée dormir depuis minuit, se réveille spontanément. Je renseigne le journal de bord puis reprend la direction de mon lit. Bien calé contre le bordé cette fois, sous une bonne épaisseur de couettes (notez le « s »), je peux dormir tranquille, en continu. Parfait.

09h30. J’émerge. Le vent est monté ce qui est conforme aux prévisions. La houle est importante (3m, je pense) mais longue, ce qui reste confortable. Nous réduisons grand-voile et génois et poursuivons notre route entre six et sept nœuds. Nous avons déjà parcouru deux-cent-cinquante milles en quarante-cinq heures. Très satisfaisant.

Après avoir relevé les courriels (Michel et Didier confirment les données de la veille), accusé réception, je déjeune. Jus de fruits frais (pamplemousse, orange), thé, pain grillé, beurre évidemment salé, confitures… etc. En dehors du fait que la table du restaurant penche un peu, on s’y croirait. Je passe ensuite à la rédaction du présent fil. Rien de tel que d’écrire en situation… et puis, j’ai le temps.

Le ciel est gris mais néanmoins lumineux. L’océan est blanchi d’écume. Nous avons jusqu’à trente nœuds de vent (force 6 à 7, vent frais ou grand frais d’après la nomenclature). Nous escaladons et des-escaladons la houle toutes les dix ou douze secondes. Les montagnes ne sont pas que russes. Soa trace sa route et nous avec lui.

Je dois ici vous parler d’une partie de lui qui m’impressionne particulièrement, son étrave, et tout particulièrement de sa partie basse qui fait la jonction entre le vertical de la proue et le dessous de la coque elle-même. Au repos, dix centimètres environ sont immergés. En navigation de l’eau parfois, même si ça reste exceptionnel, jusqu’au pont, environ un mètre plus haut. C’est ce morceau d’aluminium en forme qui fend les vagues de l’océan, qui nous fraie un chemin et marche en tête. Il nous ouvre la voie… que l’océan soit calme ou, comme maintenant, un peu agité. Il a toute mon estime.

Melon, poulet, haricots beurre, pomme, pain et eau… petit menu presque (enfin, pas vraiment) frugal. Bon pour ma ligne qui en a pris un coup depuis ces trois derniers mois avec les cuisinières déchainées du bord, Élisabeth en tête (elle joue hors catégorie).

L’après-midi se passe au gré des mouvements désordonnés de notre habitation. De très belle amplitude pour certains. Merci la houle. Heureusement, nous recevons le vent par le travers (la houle aussi). Côté avancée, tout va bien, nous sommes désormais au-delà des 300 milles parcourus (555 km)… dans la bonne direction… et la bonne humeur.

Petite soupe de poissons, excellents fromages de Sao Jorge… et au lit pour ma part. Comme la veille, Élisabeth prend en charge la première partie de nuit.

Position 12h UTC : 40°30N – 22°06W – Waypoint visé : DT1 – 41°28N – 20°45W

Distance/24h : 140nm – Distance cumulée : 281nm – Moyenne journalière depuis départ : 138,5nm

Lundi 24 mai 2021 – Açores – France (4ème jour – 3x24h)

Souvenir maternel…

09h00. Petit déjeuner. Même motif, même copieuse et agréable punition.

10h00. J’ai repris les commandes à minuit bien passé… Saisi par la flemme, je n’ai pas repris le clavier. Je m’y remets maintenant. La lune était haute et quasi pleine. L’intensité du vent ayant légèrement diminué, j’ai remis du génois. Nous l’avons ensuite entièrement déroulé au réveil d’Élisabeth (5h30). Nous avons toujours un ris dans la grand-voile ce qui ne nous empêche pas de naviguer à plus de six nœuds de moyenne. La houle est encore très creuse, trois mètres toujours, je pense, mais beaucoup moins agressive qu’hier. Nous la recevons toujours par le travers. En termes d’allure, nous sommes au bon plein, ce qui est assez confortable. Le soleil est de retour. Son lever que j’ai réussi à saisir avantageusement en photo, était somptueux (au hasard, 685ème cliché de ce genre, enfin, surtout pour les couchers). Tout en couleurs fondues, de l’orange, du rouge, du jaune… et sa « bouille » ronde sans l’ombre d’un nuage.

12h00. Nous bouclons notre troisième jour de mer au sens de trois fois vingt-quatre heures. Nous avons parcouru 427 milles depuis notre départ soit une moyenne de 142 milles par jour et 5,8 milles par heure. Nous avons donc « avalé » le tiers de la distance à couvrir en seulement trois jours. Je n’en espérais pas tant. Ces données sont à mettre en perspective avec le routage que j’ai réalisé hier soir (Sailgrib/GFS) qui projette, ce qui n’est bien sûr qu’une hypothèse, un deuxième tiers du parcours en trois jours et demi. À peine plus de 400 milles nous sépareraient alors de la côte bretonne… mais, la peau de l’ours est toujours sur la bête et c’est bien comme ça.

Je consacre une partie de la journée à faire le point sur le solde des produits d’avitaillement achetés pour la transat et à leur chiffrage. Pas une mince affaire. Après avoir fait un inventaire complet aux Açores, je rentre le nombre et les caractéristiques de chacun des produits sur un fichier Excel ainsi que l’espace de rangement où ils sont stockés (il y en a de multiples à bord de Soa). Je les classe ensuite par ordre alphabétique. La phase suivante consiste à prendre chacune des factures d’achat et à noter sur le tableur le prix des produits en question. Subtilité de Saint Martin, le Carrefour, très bien achalandé est côté hollandais. Les prix sont donc en dollars US… à ceci près qu’ils sont indiqués avec une surcote multiplicative dont on comprend mal l’intérêt, de 1,8. Dit autrement, un produit affiché 18 $ coûte en réalité 18/1,8 soit 10 $. D’une praticité à nulle autre pareille. Il suffit ensuite de faire la conversion Dollars US vers Euros. Une dernière petite chose et je touche au but, calculer le coût des produits pris sur le fonds de Soa. Après cela, je suis prêt pour attaquer ma déclaration d’impôts dès mon arrivée (rien à voir bien sûr) !!! 

18h00. La mort dans l’âme nous renonçons à cheminer à la voile, le vent est complétement tombé (entre 0 et 4 nœuds). Yanmar prend le relai, moins drôle, mais conforme aux prévisions. Ça passera.

Ce soir, nous inversons les rôles, Élisabeth va se coucher et je prends le quart de la première partie de nuit (20-24h). Elle a sommeil et vu mon expérience de la veille où je n’ai que très peu dormi sur ce créneau, c’est une bonne option pour les deux.

19h30. Mangé par les nuages, le soleil s’est couché. À l’opposé, quasi pleine, la lune festoie dans un ciel limpide, ses reflets dansent sur l’eau. Des bleus, du blanc, un régal pour les yeux.

Une demi-nuit nous enveloppe. Soa glisse sur une eau très assagie, le Dieu anticyclone est à l’œuvre (clin d’œil à Inaya). À l’intérieur du bateau, espace familier s’il en est, un sentiment de sécurité et de confort. Alors que nous sommes isolés de tout, au milieu d’un immense espace où nous ne sommes que bien peu de chose, une sensation étrange de bien-être. Hors du monde, hors du temps, chez soi. Tranquilles. Soa poursuit sa glissade et nous emporte…

Position 12h UTC : 42°13N – 19°50W – Waypoint visé : DT2 – 43°28N – 18°28W

Distance/24h : 146nm – Distance cumulée : 427nm – Moyenne journalière depuis départ : 141nm

Cent quarante-six milles. Notre meilleure distance jusque-là et un cumul très flatteur… mais c’était sans compter sur pétole qui guettait. 

Mardi 25 mai 2021 – Açores – France (5ème jour – 4x24h)

04h00. Après quatre heures de sommeil réparateur (même si rien n’était abîmé), je suis de nouveau de surveillance. La lune est couchée. La houle toujours ample mais calme en surface. Nous naviguons toujours au moteur, Éole et son compère l’anticyclone (1026 Hp) se sont alliés pour ne produire aucun souffle. Il fait froid. Bien qu’il semble que ce soit bientôt l’été dans cette partie du monde, je cherche un fusible pour rebrancher le chauffage !!! Je ne me souviens pas quand il a été mis en route la dernière fois. Vive les pays ensoleillés et chauds. Le froid n’est définitivement plus pour moi.

Pour reconnecter la circulation de liquide de refroidissement (c’est sa chaleur que le chauffage souffle), j’ouvre le local plomberie (je l’aime). De l’eau s’est de nouveau accumulée dans les fonds. Aucune douche n’ayant été prise depuis notre départ (beurk), le chauffe-eau ne recevant plus de liquide de refroidissement et ne pouvant donc subir de surpression libératrice, la très probable origine de la fuite est celle de l’évacuation du lavabo de la salle d’eau, même si le dessous du lavabo lui-même est parfaitement sec. Je vais devoir y regarder de plus près, sans attendre ce que j’avais prévu de faire à ce sujet, cet été. Bricolage, bricolage.

05h00. La nuit cède lentement sa place, une lumière blafarde s’installe progressivement. Le ciel est plombé de gris en tous genre.

05h20. Premiers rougeoiements, droit devant l’étrave de Soa (Nord-Est).

05h45. Alors que nous franchissons la barre des cinq cents milles parcourus, il fait vraiment jour. Ce jour particulier des petits matins… frais. La température dans le carré est devenue presque acceptable, 21°. L’érythème océanique s’accentue. Engoncé dans les nuages, le soleil parait.

06h00. Après très exactement douze heures de moteur, je viens, au sens propre, de remettre les voiles. Sur bâbord cette fois… pur bonheur de calme. C’est l’évolution de la surface de l’océan qui m’avait alerté. Encore au chaud dans le carré (22°) j’enfile la doudoune, le bonnet, le gilets-harnais. Quelques tours de manivelles plus tard, les voiles sont en place. Pas violent mais autour de quatre nœuds pour dix ou onze nœuds de vent. Déjà bien.

07h00. Je repars au lit… sous mes couettes (deux d’été). Et c’est très, très bon.

09h00. On range les voiles, le vent est de nouveau tombé. Qui a dit qu’il n’y a rien à faire sur un bateau ???

10h00. Le moteur ayant longuement tourné, l’eau du chauffe-eau est plus que chaude. Je mets un peu de chauffage pour éviter le rhume, puis… douche générale. L’un après l’autre, s’entend. Je n’y suis pas accro mais ça fait du bien. Pour reprendre la formule québécoise, j’ai même changé de « bobette ». J’en ai également profité pour m’écouvillonner les oreilles, alors que j’ai horreur de ça (bizarrement, ça me fait tousser). La barbe attendra notre arrivée, elle me tient chaud.

11h00. Dauphins à nos abords. Visite rapide.

Élisabeth va beaucoup mieux. Elle revit, selon ses propres mots… et donc… elle cuisine. Un indicateur de tout premier ordre, la concernant. Les poivrons ont encore la pêche et les carottes, la patate. La tomate à un léger blues mais va faire l’affaire quand même. Le riz se fait tout petit mais va y passer aussi. Pas de pitié ! Tout va très bien.

12h00. Petite distance ces dernières vingt-quatre heures… quatre-vingt-seize milles, mais cinq-cent-vingt-trois au total. Nous approchons de la moitié théorique du parcours.

L’océan et le ciel ont dû se donner le mot, aujourd’hui, c’est gris de gris.

  • 6666 – C’est le nombre total de milles parcourus par Soa – sous réserve d’ajouter un « 1 » devant – depuis qu’il a rejoint son élément liquide. Les 17.000 milles seront donc franchis avant notre arrivée à Lorient (soit plus de 30.000 km).
  • 17h15 – HSL NIKE nous double, direction Londres – 210x30x10m – 14 nœuds 

Le tabou du moteur. Soa est un bateau à voile et, comme tout bon bateau à voile, le moteur n’est pas son mode de propulsion naturel. Au point que les marins à voile dont je suis, semblent avoir intégré l’idée que moins le moteur tourne, mieux c’est. Ce qui est une évidence, mon cher La Palice. Il découle de cet axiome une sorte de culpabilité intériorisée. Faire du moteur n’est pas bien. Après avoir cheminé de très, très longues heures au moteur depuis notre départ de Saint Martin (les plus longues depuis que je navigue), j’ai le sentiment d’avoir au moins partiellement, levé ce tabou. Faire du moteur quand c’est nécessaire est bon et bien. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que c’est le mode de propulsion que j’affectionne le plus.

Sans raison particulière, ce soir, c’est la fête. Nous sortons le foie gras du fond de l’équipet dans lequel il se trouve depuis de très longs mois ainsi qu’un peu de Porto pour l’accompagner. Les toasts grillés façons Élisabeth (à sec au four) accompagnent admirablement l’ensemble. Un très bon début de diner.

Position 12h UTC : 43°11N – 18°07W – Waypoint visé : M4 – 43°26N – 17°31W

Distance/24h : 96nm – Distance cumulée : 523nm – Moyenne journalière depuis départ : 130nm

Mercredi 26 mai 2021 – Açores – France (6ème jour – 5x24h)

05h00. Une petite pluie fine accompagne le lever du jour. Encore bien gris, ce jour naissant. Le baromètre a sérieusement chuté depuis hier, passant de 1025 à 1017 hp. Pression toujours haute, mais quand même. À l’image de l’ensemble de la nuit, nous poursuivons notre route à un rythme de sénateur, quatre nœuds et demi pour dix nœuds de vent. Un bon rapport qualité/prix pour les quinze tonnes en charge de Soa. L’océan est toujours très calme, nous cheminons toujours en trace directe.

06h00. Nous venons de franchir la barre des six cents milles parcourus alors que je suis sur le point de rejoindre mon lit douillé (mais quand même frais lorsque je m’y glisse, 17° dans la cabine pour 10° dehors). Mi-temps vraisemblable de notre traversée, moins de cinq jours après notre départ. Un peu comme quand on arrive au sommet d’une côte et qu’on entame la descente sur l’autre versant. Un renforcement du vent devrait s’opérer aujourd’hui et nous permettre de forcer l’allure. Une arrivée dimanche ou lundi à Lorient parait plausible.

08h00. Encore couché, je perçois parfaitement nos nouvelles conditions de navigation, grâce au bruit que l’écoulement de l’eau fait sur la coque. Le vent est effectivement monté sérieusement (rafales à plus de trente nœuds). Il va falloir réduire. Je m’extirpe du lit…

Deux ris pris dans le génois, calment les choses. La houle est très formée et la surface de l’océan agitée. Nous faisons des pointes à plus de neuf nœuds. Profitons-en et ce d’autant que Michel nous annonce une quasi absence de vent pour vendredi (ce que confirme bien sûr mon Grib GFS et Didier mais en proposant une route totalement différente). L’hypothèse d’une arrivée dimanche s’éloigne d’autant. Lundi ou mardi iront très bien aussi.

Petit déjeuner, un peu de musique cubaine en fond sonore… la matinée avance et nous avec. Stan Getz nous réjouit…

Déjeuner : melon (le dernier), crevettes et petits légumes sautés, riz, crème Mont Blanc au caramel… expresso pour moi au café des Açores.

Élisabeth et moi avons terminé les comptes liés à l’avitaillement de la première partie de transat retour. Long et fastidieux… Sans transition, j’en profite pour mettre un peu d’ordre dans mes photos. Quatre-cent-cinquante-six prises aux Açores !!!

17h00. Le vent tombe, le brouillard s’installe. Nous avons quelques centaines de mètres de visibilité autour de nous. Tout est cotonneux. Un autre ambiance, un autre monde.

Un message de Sophie me parvient. Nous en avons échangé plusieurs déjà depuis notre départ. Elle suit notre cheminement et envisage, si son travail le lui permet, de nous rendre visite à Lorient. Elle a repris plein pot son boulot. Elle me signale une difficulté qu’elle a avec la messagerie Iridium d’Élisabeth… qui, un échange plus loin avec l’intéressée, se résout facilement. Erreur d’adresse courriel.  Presque quatre mois passés ensemble laissent des traces…

Ça me prend comme ça, une fois de temps en temps, je fais du rangement et du nettoyage. Mes papiers et autres affaires qui trainent sur la partie haute, en avant du carré.

Au diner, outre une petite salade fraîcheur, nous faisons un sort au reste de foie gras. Pour accompagner l’ensemble, nous ouvrons la bouteille de vin blanc que Cristina nous a offerte (de l’ile volcanique s’il en est de Pico), pour y goûter. Très raisonnablement bien sûr. Je file ensuite me coucher…

Position 12h UTC : 44°16N – 15°54W – Waypoint visé : M5 – 44°37N – 14°42W

Distance/24h : 114nm – Distance cumulée : 637nm – Moyenne journalière depuis départ : 128nm

Une distance très correcte compte tenu de la faiblesse du vent sur l’essentiel de la journée malgré quelques pointes de courtes durées.

Jeudi 27 mai 2021 – Açores – France (7ème jour – 6x24h)

Un peu avant minuit, je sens que Soa a bougé, il ne gite plus de la même manière. Le vent semble avoir changé de direction, le pilote n’est donc plus en capacité d’honorer la consigne que nous lui avons donnée (rejoindre le Waypoint n° 6). Nous tournons en rond avant de parvenir à remettre les choses en ordre. Étant levé et bien réveillé, un peu plus tôt que prévu, je prends le relai d’Élisabeth… qui ne dit pas non.

La pression atmosphérique poursuit sa chute libre… de 1025 hp (haute pression) où nous étions, nous en sommes à 1007 hp (petite dépression). La baisse continue. Conséquence, il pleut. Une petite pluie fine pas bien méchante mais qui contribue à ne pas réchauffer l’atmosphère. Heureusement, le vent se maintient aux alentours de 10/12 nœuds. Pas d’excès de vitesse mais un petit 4 nœuds de moyenne quand même sous grand-voile seule (à cet angle du portant, le génois est masqué par la GV, nous l’avions donc complétement roulé en début de nuit). Vu la situation, le vent devrait se renforcer…

01h00. L’odomètre de traversée comptabilise 700 milles. La latitude de Soa étant à l’heure actuelle de plus de 44°, nous avons désormais dépassé celle de la côte Nord de l’Espagne (43°). On n’a jamais été aussi près des côtes françaises (estimation à 520 milles en trace directe). La Rochelle est à 46° Nord et Lorient à presque 48° Nord (un degré équivaut à 60 milles soit 111 km).

03h30. Le vent qui a très nettement forci (25 nœuds), change de direction et passe bâbord amure. Nous empannons et basculons la grand-voile sur tribord. Étant au travers, je frappe l’écoute sous le vent sur le liston et la laissons entièrement déroulée. Aucune voile d’avant n’est utilisée. Nous naviguons autour de 6,5/7 nœuds. Je repars me coucher. La gite étant forte, je me cale confortablement contre le bordé ou plutôt contre le coussin placé sur le bordé…

07h00. Le vent est monté d’un cran supplémentaire et oscille autour des 30 nœuds. Nous prenons deux ris dans la grand-voile et déroulons la trinquette de façon à pouvoir faire du près, ce que nécessite notre plan de route. L’océan est agité, des paquets de mer déferlent sur le pont. Tenir debout demande un peu d’attention (pléonasme) et d’énergie. Faire tenir le thé dans la tasse est un exploit. Le boire sans en mettre partout, en est un autre. Nous marchons par contre très bien (il parait que certains autres marcheurs reculent). Je « suis l’affaire », comme dit mon copain Christian, tranquillement installé dans le carré… avec vue imprenable sur mer.

Question existentielle : « Il est où, l’été ??? »

Didier et Michel m’adressent leur analyse de la situation. Léger écart d’appréciation, mais pas trop grand-chose. Les propositions de Didier correspondent à ce que j’ai moi-même vu sur Sailgrib. Michel qui modifie ses deux prochains Waypoints, nous invite à moins obliquer vers le Nord. Il envisage une forte baisse du vent pour demain et après-demain, ce que je ne vois pas de mon côté. Je l’interroge sur le pourquoi et sur les hypothèses pour la suite.

737… rien à voir avec Boeing… juste les milles parcourus depuis le départ de Terceira.

Histoire de ne pas changer de bête, confit de canard pour le déjeuner, accompagné de ratatouille et de riz. Préparation sportive, ne serait-ce que pour se tenir debout. Je m’attaque à l’ouverture de la grosse boite de canard (elle était prévue pour être consommée à quatre lors de la première partie de la transat). Au bout de trois centimètres, l’ouvre-boite (très basique) qui est à bord de Soa depuis l’origine, me reste entre les mains, cassé. Ça démarre mal. Mon deuxième ustensile du même genre est au fond d’un Grabbag (sac de survie). Vu l’inconfort du moment, je m’abstiens de plonger dans la soute arrière pour partir à sa recherche. Je termine le travail avec un couteau à huîtres, bien aiguisé, de ma panoplie. Deux centimètres plus loin, le gras commence à dégouliner de partout. Vu la gite, il en profite pour se répandre tous azimuts. Je ne pensais pas qu’il serait aussi liquide. La suite, dégustation comprise, se passe beaucoup plus gentiment même si le nettoyage s’avère un peu délicat (n’est-ce pas Élisabeth ?!). Quelle idée aussi de manger un truc de ce genre par un temps pareil !

Cette journée est incontestablement la plus agitée que nous ayons connue depuis notre départ de Saint Martin voici 3250 milles (à part le très court épisode de Terceira qui était du même tonneau). En l’espèce, ni de serpent ni de veau de mer mais des uppercuts à répétition. Entendez par là, de grandes claques teigneuses, version « directs au foie », produites par de très gros et très agressifs paquets de mer qui heurtent la coque avec fracas. Tout ça, à quelques centimètres de ma tête lorsque je suis dans mon lit. Il y a des bateaux dont je me demanderais s’ils sont taillés pour encaisser ces coups de boutoirs… L’aluminium est, dans ce registre comme dans beaucoup d’autres, très sécurisant.

Mon séjour estival en France sera l’occasion de travailler à une remise en forme complète de Soa et, notamment de son matériel fongibles (fusées de détresse, anodes et mille autres choses…). J’attaque donc la longue liste des achats à effectuer chez mes fournisseurs habituels que sont Accastillage diffusion (La Rochelle) et Soromap (Rochefort). Il me faut par ailleurs commander différents matériels à remplacer (glissières de tiroirs rouillées…). J’ai également besoin d’être en contact avec le distributeur des ancres Rocna, la mienne est partiellement rouillée ! Je commence à préparer tout ça, adresses, références…

Le pilote décroche pour la deuxième fois aujourd’hui. Je m’étais promis de modifier le réglage de sa sensibilité qui conditionne la rapidité de sa réaction, et ne l’avais pas fait. Il était jusque-là quasi au plus bas. Insuffisant au vu de l’état de la mer et de la force du vent (32 nœuds à l’instant). Je m’y attèle sans plus tarder.

Sujet de vraie satisfaction, les hublots de coque, bien souvent dans l’eau, sont parfaitement étanches, pas la moindre fuite. Mon travail de fin d’année dernière a payé (fil de l’eau Martinique, novembre 2020).

18h15. 800 milles de parcourus.

Position 12h UTC : 45°06N – 13°29W – Waypoint visé : M6 modifié – 45°15N – 12°20W

Distance/24h : 120nm – Distance cumulée : 757nm – Moyenne journalière depuis départ : 125nm

Vendredi 28 mai 2021 – Açores – France (8ème jour – 7x24h)

07h00 Après une nuit normale, c’est-à-dire entrecoupée, nous remettons des voiles à l’occasion de mon deuxième lever. Le vent est tombé à quinze nœuds, pas de temps à perdre.

Au fil des heures, il continue sa dégringolade (5 à 8 nœuds) et notre vitesse aussi. Le génois que nous avions laissé seul est roulé, nous installons la grand-voile. Tenue par la bôme, elle se balade moins. Pas violent malgré tout (2 à 4 nœuds).  Point positif, l’océan est plus calme.

Alors que je termine la mienne, Élisabeth entame sa sieste… « À tantôt » me dit-elle. Entendez par là : « à bientôt, à tout de suite, tout de suite après… ». J’ai considérablement enrichi mon vocabulaire cette année !

12h00. Nous bouclons, heure pour heure, notre semaine d’océan. Nous avons couvert 882 milles soit une moyenne de 125 milles par jour et 5,2 milles par heure. Très honorable. Les performances des jours qui viennent s’écriront à la baisse. Ainsi va la navigation à voile. Incertitude, incertitude…

Nous faisons un presque sort au canard qui, accompagné de giraumon et pommes de terre, est passé au four. Un excellent Douro accompagne parfaitement l’ensemble (vin rouge portugais de la région et du fleuve du même nom, celle de Porto). Comme dirait Élisabeth, c’est : « ceinture et bretelles ». Elle dit la même chose concernant la sécurité et le confort à bord de Soa.

14h20. Appel VHF émanent d’un cargo et mentionnant la présence d’un « sailboat » à proximité… nous ! La trace AIS indique clairement qu’il se déroute pour nous dépasser par tribord. Une sacrée invention de sécurité que cet outil de repérage, devenu norme internationale. À condition que tout le monde joue le jeu. Pour les cargos et autres navires marchands, c’est une obligation que d’en être équipés.

Pour fêter notre semaine d’océan, j’adresse divers messages à ma famille et à mes amis (ceux dont j’ai l’adresse courriel) pour les tenir informés de notre progression.

Les jours de navigation étant comptés, même si nous allons moins vite, je teste les dernières modifications que j’ai apportées à mon journal de bord. Je souhaite l’imprimer cet été avant de repartir. Je veux les valider. À chaque modification (amélioration, d’après moi), je pense que c’est la dernière… et puis… peut-être que ceci ou cela mériterait… Par chance il me restait des feuilles perforées utilisables avec les spirales classiques de reliure pour tester.

Au vu du Grib GFS de ce matin et des propositions de Waypoints de Didier et Michel, nous décidons de poursuivre à la voile cet après-midi et de faire route au moteur cette nuit, alors que le vent sera le plus faible. On ne va pas passer une semaine à couvrir les malheureux trois-cents cinquante milles qui nous restent.

18h30. Une hirondelle nous rend visite. Enfin, à Élisabeth surtout… qui saute comme un cabri dans le cockpit. « Oh, une hirondelle, une hirondelle… elle a l’air fatiguée (l’hirondelle)… viens, viens… ». La pauvrette devant se demander ce qu’on lui veut… prend ses ailes à son cou et fais aussitôt demi-tour.

  • 22h00.  AM UMANG – 229 M – Cap au 213° puis se déroute pour nous 218°, 233°…

Position 12h UTC : 45°26N – 10°40W – Waypoint visé : M8 – 45°46N – 08°49W

Distance/24h : 125nm – Distance cumulée : 882nm – Moyenne journalière depuis départ : 125nm

Journée où nous dépassons les neuf cents milles (1666 km) depuis notre départ de Terceira et où l’odomètre général de Soa affiche 17.000 milles (31.484 km).

Samedi 29 mai 2021 – Açores – France (9ème jour – 8x24h)

Minuit. Le moteur tourne encore. Je m’arrache du lit. Élisabeth évoquant le froid qu’il fait, je m’empresse d’allumer le chauffage (nous n’y avions pensé ni l’un ni l’autre). Pas un temps à mettre un marin hors de sa couette. J’ai loupé le lever de lune, parait-il superbe.

Nous sommes censés toucher du vent vers six ou sept heures ce matin d’après Sailgrib/GFS. Pour l’heure, entre un et trois nœuds affichés. Un peu dans tous les sens qui plus est. Lors de notre départ, cette portion de parcours était prévue comme étant agitée. Heureusement que nous sommes partis quand même, nous serions toujours à Terceira sinon.

La température du carré est montée à vingt et un degrés. Pas transcendant pour une fin mai, mais beaucoup mieux que les dix-sept de tout à l’heure.

  • 05h45. BELNOR – 190x32x11 m – cap 211° – direction Algesiras en Espagne.

06h00. Élisabeth me cueille au saut du lit, tout est prêt pour établir les voiles. Le plan que nous avions imaginé au regard du Grib d’hier soir semble fonctionner, nous venons de retrouver du vent… et avons très bien cheminé durant la nuit (60 milles). Le tabou moteur est vraiment tombé. C’est donc grand-voile et génois (ceinture et bretelles) entièrement déroulés. Avec quinze nœuds de vent, c’est parfait. De plus, il fait beau et l’océan est calme. La (haute) pression est remontée à 1024 hp. Lorient est à deux cent-cinquante milles en trace directe. Une arrivée dans trois jours, soit mardi, devient plausible.

Côté cargos, il commence à y avoir du monde dans le secteur… six sont visibles autour de nous (pas de détail pour certains parce que trop loin). Tous naviguent dans la même direction ou presque. Étant à la voile, nous sommes théoriquement prioritaires… mais ils sont gros !!!

  • 07h45. COLOMBIAN STAR – 195x24x8 m – cap 238° – 16 nœuds – direction Grande Bretagne.
  • 08h40. SYMPHONY SPACE – 123x18x7 m – cap 212° – 12 nœuds – direction Espagne.
  • 08h45. ZYHY CHUANG XIN – 202x30x12 m – cap 215° – 13 nœuds – direction Brésil – COSCO SHIPPING – passé à 0,6 milles devant nous – Alarmes AIS ok.
  • 09h15. LYDDEN – 199x38x9 m – cap 212° – 15 nœuds – direction Suez.

10h30 Tir groupé de trois très gros cargos (sur la même photo !). Un quatrième pas loin derrière. L’AIS ne sait plus où donner de la sonnerie d’alarme. Le plus imposant, chargé de je ne sais combien de hauteurs de containers, ne fait pas moins de 400 mètres de long. Vous avez dit démesure ?!

  • MSC LEANNE – 400x59x149 m – matières dangereuses – cap 202° – 21 nœuds – Porte containers – Direction FRLEH – Monstrueux !!!
  • XIN CHANG SHU 280x40x13 CAP 208° – Destination SUEZ – Presque petit à côté…
  • ELAN MATIERES DANGEREUSES 150x17x8 187° 14 KT VIGO
  • KAVKAZ 1 – 185x30x11 – 12 kt – 208° – DZBJA

11h45. Une nouvelle salve… ceux-là montent vers le Nord.

  • MARTHA A – 207x30x9m – matières – Cap 29° 12 kt – Destination BEANR
  • WIKING – 255x38x10m – matières – Cap 29° 17 kt – Destination FR DKK (Dunkerque ?)

Pour le déjeuner (traduit du québécois en français, cela veut dire diner), nous dégustons les saucisses (trois sortes) achetées au boucher-charcutier du marché de Angra de Heroismo… avec le reste de pommes de terre et de giraumon (ce dernier, acheté en Martinique environ deux mois avant). Excellent.

12h12. Huit jours après notre départ, l’odomètre de traversée affiche 1000 milles… 125 de moyenne journalière. Très bien.

À 12h00, il est 13h00. Histoire de nous rapprocher de l’heure légale française, nous avançons nos pendules du bord d’une heure. Nous avons désormais, une heure de plus que l’heure UTC et une heure de moins qu’en France métropolitaine.

15h00 locales. Ils montent aussi…

  • SILVER SUN – 183x30x7m – Cap 34° – 13 kt – LY  BEN ð Destination BE ANR (Anvers ?)
  • COSCO SHIPPING LEO – 400x59x14m – matières dangereuses – cap 30° – 17 nœuds – Un autre monstrueux !!!

Durant toute cette période où nous naviguons plus ou moins Est-Sud-Est, nous traversons sans doute la route Nord-Sud qui relie les rails du Nord-Ouest de la Manche et du Nord-Ouest de l’Espagne. Le chemin le plus court entre deux points étant, si ma mémoire est bonne, la ligne droite…

Le vent qui était Est-Nord-Est « adonne », ce qui nous permet de gagner environ 25° et de remonter plus au Nord (cap 80° au lieu de 105°). Nous faisons le choix de suivre la bonne volonté de ce souffle, ce qui nous place dans l’exact entre-deux des Waypoints de Didier et de Michel. Pas encore assez pour Lorient mais bon quand même.

À défaut d’hirondelle, Élisabeth fête le soleil avec pomme et demi-bière.

17h00 locales. Je viens de télécharger un nouveau Grib et un nouveau routage. Pour mémoire, « route » équivaut à distance directe entre points de départ et d’arrivée (avec éventuellement des points intermédiaires), « routage », chemin à suivre – jamais rectiligne – pour se rendre au point de destination en utilisant au mieux le vent ce qui nécessite parfois d’aller le chercher. Lorient nous est donné pour mardi 12h.

Soirée de rêve. Grand soleil et beau temps, ciel dégagé et lumineux, océan très maniable, vent comme on l’aime (15 nœuds, stable), nous naviguons autour de six nœuds… Que souhaiter d’autre, là où nous sommes ?!

  • T. REX – 183x32x11 – Pétrolier – Cap 29° – 11 kt – Destination Rotterdam
  • EGBERT WAGENBORG – 150x16x9 – Cargo – Cap 12° – 10 kt – Destination non spécifiée.

21h00 locales. Très beau coucher de soleil. Ça nous manquait. Ce soir, je prends le premier quart, 20h/23h. Du fait de notre modification de l’heure du bord, il fait encore grand jour. Pas facile de dormir si l’on n’est pas vraiment fatigué.

Habituellement, en équipage, lorsque les quarts sont calés il est plutôt coutume de ne plus y toucher sauf difficulté. Avec Élisabeth, nous faisons à la demande en fonction d’où nous en sommes chacun de notre « dose » de sommeil. Efficace jusque-là.

Concernant la navigation hauturière, quid de la composition des équipages : naviguer seul, à deux, à trois, à quatre ? Pour avoir expérimenté ces différentes configurations (Canaries-Cap Vert et transat aller à trois ; remontée solitaire du Brésil – même distance qu’une transat ; remontée Suriname – Trinidad à deux ; première partie de transat retour soit Saint Martin-Açores à quatre…), je puis témoigner du fait que chacune des formules présente, comme on pouvait s’y attendre, des avantages et des inconvénients. La formule à quatre, bien qu’elle allège significativement la durée et les rotations des quarts de nuit est beaucoup plus lourde du point de vue de l’intendance et diminue l’espace de vie de chacun (on se marche un peu sur les pieds). Sans parler de l’éventuelle question des relations (cf Brassens à ce sujet). La formule à trois me parait optimale, plus légère à organiser et à vivre tout en permettant une bonne répartition des contraintes. La navigation solitaire est une pleine charge de tout, navigation jour et nuit, intendance… mais elle est tellement jouissive ! Une excellente confrontation à soi-même et une vraie gratification à l’arrivée. Avec Élisabeth, je teste une nouvelle fois, sur notre parcours actuel, Açores – France, la formule à deux. Facile à vivre, un peu plus lourde qu’à trois ou quatre pour les quarts mais tellement plus simple pour tout le reste. Pas étonnant que beaucoup d’équipages de voiliers soient des couples. La personnalité de celle ou celui avec qui l’on navigue est évidemment déterminante…

Position 12h UTC : 45°40N – 08°10W – Waypoint visé : M8 – 45°46N – 08°49W

Distance/24h : 103nm – Distance cumulée : 985nm – Moyenne journalière depuis départ : 123nm

Outre le fait que nous avons retrouvé le soleil et un océan confortable, nous avons bien cheminé. Cette journée restera marquée par le nombre impressionnant de navires marchands rencontrés dont deux monstres de quatre cents mètres de long. Pour les rochelais, la moitié de l’allée du Mail… pour les autres, plus long que la tour Eiffel n’est haute (324 m).

Dimanche 30 mai 2021 – Açores – France (10ème jour – 9x24h)

06h00 locales / 07h00 UTC. Élisabeth prend la relève de mon deuxième quart. Nous marchons toujours bien sur notre cap plein Est ou presque. Étant toujours au près, pas moyen de faire mieux et pas utile de virer maintenant. Le soleil est de retour, la lune traîne des pieds pour se coucher. Nous croisons un voilier, le premier depuis notre départ. Un monocoque à la magnifique voilure de sloop. Vingt mètres de long, douze nœuds de vitesse. Nous ne jouons pas dans la même cour. Clou du spectacle matinal, une bande très en forme de dauphins nous souhaite le bonjour. Ils gambadent et sautent hors de l’eau à qui mieux mieux. Une joie pour tout le monde.

09h00 locales / 08h00 UTC. Je sors du lit. Notre trace commence à s’accentuer légèrement vers l’Est-Sud-Est. Il est temps de virer. N’ayant pas à toucher à la grand-voile, c’est fait en quelques minutes. Un autre long bord nous attend. Louvoyage inclus (le fait de tirer des bords, un coup à droite, un coup à gauche et non de naviguer directement vers le point de destination). Il nous reste cent-soixante-dix milles à couvrir. Une misère. Les conditions de mer et de vent (force/direction) devant normalement se maintenir, une arrivée demain soir lundi ou dans la nuit de lundi à mardi est plus que vraisemblable. Donnée utile pour caler la suite des évènements, départs et arrivées des uns et des autres.

Petit déjeuner. Je presse l’avant-dernière orange et fais griller les toutes dernières tranches d’un pain encore frais, neuf jours après le départ. Je déguste mon jus dans le cockpit, au soleil. Ça fait quelques temps que ce n’était pas arrivé. Peut-être que le printemps nous rattrape, allez savoir ?!

Les conditions de la navigation de ce matin, la proximité de la côte Atlantique française, me font me remémorer les jours, semaines et mois que j’ai passés à me promener dans ce secteur. C’est ici, avec Herpès (!), mon bateau précédent (9m, coffre-fort construit par mon ami Jean-Claude qui fit mon bonheur pendant dix ans), que l’envie d’adopter ce mode de vie, de naviguer plus durablement et plus loin, a pris naissance. Certains lecteurs de ce fil ont également posé leur sac à son bord. J’ai arpenté les côtes, les iles, le golfe, les rivières… maintes et maintes fois. Que d’excellents souvenirs. Des moments partagés, des navigations seul ou en équipage, des mouillages, des ports, une éclipse de soleil, des huîtres et moules ramassées sur les rochers, du Kouign Aman, du Palantin, Ti Beudeff… et tant d’autres choses encore. C’est au fil de ces balades maritimes que j’ai commencé à constituer ma photothèque de bateaux dont certaines installations ou caractéristiques me paraissaient pouvoir être reprises. C’est ici que j’ai décidé d’avoir un bateau permettant de naviguer à l’abri. Le beau carnet de dessins aux couvertures cartonnées sur lequel je faisais mes croquis, est aujourd’hui à bord de Soa (merci Michèle, pour le carnet en question et tant d’autres choses). On y retrouve différentes idées qui ont effectivement été mises en œuvre sur Soa. Très plaisante évocation d’un passé fondateur… déjà bien lointain.

17/18h locales. Quelques autres navires marchands :

  • VICTORINE – Cargo ­– 162x25x5m – Cap 109° – 15 kt – Destination : Santander 
  • YARA FREYA – 180x28x10m – Pétrolier – Cap 70° – 12 kt – Destination : FR MTX
  • MUNICH MAERSK – 399x58x15m – Cargo – Matières dangereuses – Cap 281° – 14 kt – Destination : ND
  • NEPTUNE GALENE 169x28x8m – Cargo – Cap 164° – 18 kt – Destination : ESSDR  
  • ENDEAVOR 136x22x7m – Cargo – 13kt – 337° – Liverpool

19h00. Après notre bord plein Nord, nous sommes désormais à la latitude des Sables d’Olonne. Nous virons pour prendre un cap plein Est et se rapprocher un peu de la côte. Avant dernier grand bord océanique, normalement.

20h30. Bien que le vent soit légèrement remonté, la soirée est relativement douce. Assis dans le cockpit, ce qui n’était pas arrivé depuis un temps certain, j’admire la révérence très progressive du soleil. L’apparition des couleurs diaphanes du soir qui se diffusent partout sur la frange de ciel qui enserre l’horizon. Où que le regard se porte, du violacé, des oranges… Des nuages placés derrière le soleil font miroir et renvoient une teinte verte que je n’avais jamais observé jusque-là. Que la nature est belle !!!

Position 12h UTC : 46°04N – 05°32W – Waypoint visé : DT3 – 45°59N – 04°50W

Distance/24h : 136nm – Distance cumulée : 1121nm – Moyenne journalière depuis départ : 124nm

Lundi 31 mai 2021 – Açores – France (11ème jour – 10x24h)

00h00. Alors qu’un sillage de lumière nous suit à la trace, je cède la place à Élisabeth. Le plancton breton est entré en action. Une des caractéristiques fréquemment rencontrées dans ces eaux. Surprenant et beau.

  • ARCTIC ROCK – 95x15x4 m – Cargo – 164° – 9kt – Santader
  • AGATE – 90x14x7 m – Cargo – 164° – 8 kt – ESSDR  

03h00. Deuxième quart pour moi. Je dormais bien. Le vent a légèrement modifié sa direction… et par voie de conséquence, la nôtre puisque nous naviguons toujours au près. Un infléchissement qui nous fait perdre notre cap plein Est pour un cap Est-Sud-Est. En clair, on descend un peu et on s’éloigne de Lorient. Pas le mieux.

04h00. La tendance se maintient. Même si c’est un peu tôt en termes d’angle, je fais le choix de virer. Il nous faudra tirer un autre bord plus haut si le vent conserve sa direction mais, vu la tendance, je le verrais bien nous donner un petit coup de main dans les heures qui viennent. Si une petite prière à Éole peut aider… j’y suis prêt.

  • CIELO DI GAETA – 183x32x7 m – Cargo – 235° – 11 kt – Destination : attente ordre

L’aube naissante d’un côté, la demi-lune descendante de l’autre, accompagnent ma manœuvre. Une parfaite similitude entre les couleurs du soir et celles du matin. Comme si le soleil reprenait sa partition là où il l’avait laissée quelques heures plus tôt. C’est l’horizon tout entier qui s’enflamme devant nous tandis que la lune, elle, s’est fait manger sa moitié droite par je ne sais quel affamé. Elle brille encore tandis que le jour gagne sur la nuit.

Soa qui est tribord amure (le vent arrive sa droite), gite sur bâbord. Assis dans le carré côté tribord, son inclinaison me permet de voir défiler l’océan sous mes yeux par les larges vitrages du rouf. Spectacle vivant et mouvant s’il en est. Une fluidité écumante, brodée de blanc.

05h28. Incandescent, le soleil vient d’éclore. Je ne le reverrai pas de sitôt surgir des flots… Éblouissant spectacle.

06h00. Je repars au lit….  

07h30. Je reprends les commandes. L’hypothèse de cette nuit était bonne, nous faisons maintenant route quasi directe sur Lorient qui se trouve désormais à une soixantaine de milles devant nous. Nous marchons autour de six nœuds et devrions donc y être en fin de journée… si le vent reste stable. Il fait beau, l’océan est calme malgré la houle.

  • CORTO MALTESE II – 23x6x3 m – En pêche – 8 kt – Destination : L’Herbaudière (Noirmoutier)

11h30. Le vent tombe et refuse. Nous ralentissons et nous éloignons de notre route directe… Pas bon.

Dernière recommandation de Didier, passer au Sud de Groix afin de remonter dans de meilleures conditions, le vent devant forcir en soirée. Cela correspond à ce que j’avais prévu.

  • AURORE BORÉALE 1 – 23x8x4 m – 9 kt – En pêche
  • FILLE DUSUET – 22x7x4 m – 9 kt – En pêche
  • MAGAYANT – 22×6 m – 9 kt – En pêche

14h00. Choix cornélien s’il en est. Poursuivre agréablement à la voile ou finir au moteur. Le vent, qui a baissé et a changé de direction, nous offre une navigation tranquille plein Nord avec, à l’arrivée près des côtes, un bord de douze ou quinze milles pour redescendre cap au Sud et rejoindre la rade de Lorient. À la clé, une arrivée vers deux heures du matin. Le moteur nous offre une trace directe nous permettant de contourner Groix par le Sud et d’arriver vers 22/23h, heure française (nos pendules du bord avaient encore une heure de retard, je viens de les mettre à l’heure). La mise en service du moteur, même si je connais bien l’endroit, peut nous permettre de bénéficier des dernières lueurs du jour. Toujours bien pour arriver quelque part. Il valide par ailleurs les heures que nous avons déjà faites avec lui. In fine, le vainqueur est :  Yanmar.

Un trrrrès gros navire de Police le « PIEDRA BUENA » (87×14 m) s’approche de nous à vive allure (15kt)… Il ne fait que passer, destination Rio de Janeiro.

17h00 françaises. L’océan est d’huile. Cinq nœuds de vent réel. Le choix ne se pose plus. Une brume légère couvre l’horizon. Bien qu’à seulement vingt milles de Groix, aucune terre n’est visible. Les nuages hauts et fins du matin sont plus denses et plus épais.

  • DESPERADO – 4 kt – En pêche

17h30. Après un peu plus de dix fois vingt-quatre heures de navigation et mille deux cent quatre-vingts milles parcourus depuis les Açores, à condition de bien regarder… Groix est en vue. C’est la première fois que je l’aborde sous cet angle, tout comme c’est la première fois que j’arrive des Açores. La côte Ouest de l’ile n’est pas la plus avenante. Pas pour rien que sur toutes les iles atlantiques, à l’exception notoire de La Cotinière sur Oléron, tous les ports sont sur la côte Est. Pas d’exception ici.

Pour mémoire : « Qui voit Groix voit sa croix. »

Le baromètre chute (1010 hp, nous étions à 1024 il y a peu), le temps se couvre. Il fait par contre très nettement meilleur qu’au large.

Pour notre arrivée, j’ai ressorti un polo TBS que j’avais dû acheter à Belle Ile il y a au moins vingt ans. Dans certains domaines, je suis très conservateur et, comme on dit parfois, je n’use pas.

Mer d’huile d’un bleu très doux, presque brillant. En attendant la pluie très vraisemblablement.

Les goélands, déjà vus en grand nombre, sont très présents.

  • SOLO SAILOR – 6×3 m – 4 kt – Navire à voile – Cap 90°

19h00. Moteur toujours. Même si je connais les lieux, je préfère arriver de jour.

20h00. Nous débordons la pointe Sud de Groix et voyons désormais très clairement l’entrée de la rade de Lorient et de son fort Vauban.

21h00. Nous embouquons le chenal Sud de l’entrée de la rade. Beaucoup de souvenirs à la clé. J’ai souvent croisé le Belém ici, souvent embarqué et débarqué des équipiers, assisté au festival international de musique Celte en août…

22h30. Voilà, c’est fini, Soa est amarré à couple dans le port du centre-ville qui accueille bien plus de bateaux que je ne l’imaginais. Surprenant à ce moment de l’année. Notre périple transatlantique s’achève ici… 

Position 12h UTC : 47°12N – 04°00.5W – Waypoint visé : n° Sud Groix – 47°38N – 03°25W

Distance/24h : 117nm – Distance cumulée : 1238nm – Moyenne journalière depuis départ : 123nm

  • 22h30 – Lorient ville – 47°35N – 03°28W – Distance cumulée : 1276 nm (2363 km)

Mardi 1er juin 2021 – Açores – France (12ème jour – 11x24h)

Le Covid règne. Balades en ville malgré cela. Les restaurants étant fermés le soir, nous nous installons pour déjeuner à midi. Élisabeth m’invite… Merci

Mercredi 2 juin 2021 – Açores – France (13ème jour – 12x24h)

Élisabeth, après plus de quatre mois passés à bord, quitte Soa, scellant ainsi la fin de ce périple transatlantique. Je l’accompagne à la gare qui n’est pas très loin. Les moments de séparation sont toujours particuliers. Bon vent et merci à elle.

TABLEAU DE MARCHE – Distance théorique 1300 milles – Distance parcourue : 1276 milles (2363 km)

AVRIL 2021QuantièmeHeure24hN° Way PointPoints GPS visés Nord / WestPoints GPS effectifs Nord / WestOdomètre TraverséeDistance 24 hDistance CumuléeMoyenne Horaire/JourMoyenne Jour/Traversée 
V2111h0M138°4824°306115
V2112h00   Heure   UTC  0M138°4824°3038°4426°55611944
S221D22/M240°2022°3139°1324°1562561371415.7137
D232DT141°2820°4540°3022°0663961402815.8138.5
L243DT243°2818°2842°1319°5065421464276.1141
M254M443°2617°3143°1118°076638965234130
Me265M544°3714°4244°1615°5467521146374.8127
J276M6.245°1512°2045°0613°2968721207575125,5
V287M845°4608°4945°2610°4069971258825,2125
S298M845°4608°4945°4008°1071001039854.3123
D309DT345°5904°5046°0405°32723613611215.7124
L3110GROIX47°3803°2547°1204°00735311712384.9123
L3122h3011LORIENT47°3503°287391381276

Mis à jour le 4 décembre 2021 – Publié le 12.12.2021 – Didier TABARAUD LE FER / SOA

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